BELLUM PATRONUM


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When the war is over, we'll have to start all over (Jude & Kai)
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Message When the war is over, we'll have to start all over (Jude & Kai)
par Jude Barrett, Sam 3 Déc - 2:16 (#)
Come wake me up
I've been asleep for too long In a life that's not my own
Jude ∞ Kai

L'obscurité. Nuit ou jour, elle ne savait plus vraiment. Depuis l'abri de fortune qu'elle s'était constitué à son arrivé, Jude ne faisait plus vraiment la différence entre les deux : malgré leur sauvetage, c'était une chose qui ne changerait pas. Une chose parmi tant d'autres, cela allait sans dire. Reprenant péniblement son souffle, elle se frotta les yeux, son regard encore endormi tombant sur les marques bleutées qui recouvrait toujours sa main. Fidèle à ses racines, elle avait refusé tout traitement magique lorsque, une fois parvenue sur l’île, les membres de l'Ordre lui avait conseillé de faire soigner cette vilaine fracture dont lui avait fait cadeau la troupe d'enfoirés masqués. Pour la jeune femme, c'était tout bonnement hors de question. Si elle ne doutait en aucun cas qu'elle survivrait à ses blessures, elle ne se sentait cependant pas de taille face à d’énièmes examens médicaux. Pas encore. Plus jamais. Qui plus est, de ces expérience, la née moldue préférait encore porter les traces physiques que de devoir faire face à tout le reste. Pour ça, elle aurait toujours le temps. Trop de temps.

Encore recroquevillée en position fœtale, la jeune sorcière déplia lentement ses jambes avant de se placer sur le dos, se perdant dans la contemplation du matelas qui lui faisait face. Une vieille habitude qu'elle avait hérité de ces années au foyer qu'elle avait fréquenté durant son enfance. En ces lieux, l'obscurité qui régnait sous les lits valait toujours mieux que celle qui les trouvaient vulnérables, nichés sur leurs matelas. Si elle ne doutait pas de la sûreté de leur nouvelle demeure, elle doutait néanmoins de pouvoir un jour se sentir à nouveau en sécurité, et cela où quelle puisse se trouver.

Couché à ses pieds, Archimède releva doucement sa lourde tête, avant de venir placer sa truffe contre la peau qui recouvrait les os délicats de sa cheville, signifiant par ce geste l'affection qu'il portait à sa maîtresse. Jamais ils n'avaient eu besoin de mots pour se comprendre, toutefois le silence de son compagnon lui pesait chaque jour un peu plus. Grattant distraitement le crane du berger allemand, elle fut cependant tirée de ses pensées par un miaulement étouffé, provenant de l'autre côté du rideau formée par l’édredon en plumes. Passant prestement le bras hors de sa cachette, elle ramena finalement vers elle la nouvelle venue.

Si Jude pouvait se vanter d'avoir généralement le contact facile avec la plupart des animaux, ayant passées de nombreuses heures à observer l'art et la manière de les apprivoiser aux côtés de Lou, il ne faisait cependant aucun doute que c'était bien Mittens, et Mittens seule, qui avait décidé d'élire domicile aux côtés de la jeune femme. Celle-ci ne quittait pas une seconde son maître, le suivant comme une ombre depuis qu'ils avaient été réunis ; pour autant, ses visites régulières rythmait désormais les journées de la sorcière comme le tic-tac d'une horloge, apportant généralement une distraction inespérée et son lot de réconfort.

La présence du chat noir à ses côtés signifiait probablement que l'on approchait désormais des douze coups de midi, et de fait, du réveil éminent de l'auror dont Jude partageait à présent la chambre. Consciente qu'il était grand temps de se lever, celle-ci se prépara mentalement à ce qui ne manquerait aucunement d'arriver, ayant pris ses habitudes depuis son arrivée il y avait de cela plusieurs semaines. Rampent hors de son abris, elle protégea tout d'abord ses yeux de la lumière vive qui les baigna sitôt à découvert, avant de se relever lentement, étouffant un cri en sentant la douleur sourde qui lui baignait le dos se réveiller peu à peu.

Douleur d'origine psychologique lui avait on dit, sans cause physique. Jude leur aurait volontiers foutu un pain si sa main n'était pas déjà en miettes. Peu importe la raison, la douleur était bien là, chaque jour un peu plus insupportable, la faisant sans cesse osciller entre lassitude et colère sourde. Titubant jusqu'au lit voisin, elle se laissa brutalement tomber sur le matelas, ne pouvant supporter la tension logée le long de sa colonne ne serait ce qu'une seconde de plus. Respirant le plus doucement possible compte tenu de son état, sa main vain trouver l'épaule de l'homme encore endormi à ses côtés, qu'elle tenta finalement de réveiller le plus doucement possible.

« Kai...Kai...Mittens m'emmerde encore à pas d'heure, faudrait vraiment que tu lui expliques que c'est pas parce que je porte que du noir que je suis sa mère, merde. Kai ! »
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Message Re: When the war is over, we'll have to start all over (Jude & Kai)
par Kai D. Blumenthal, Mar 6 Déc - 18:01 (#)
When the war is over,
we'll have to start all over
jude & kai

Cette nuit avait été difficile pour Kai. Après plusieurs nuits d'insomnie, il s'était finalement endormi d'épuisement vers vingt-deux heures. Les quelques heures qui avaient suivi avaient été à peu près tranquilles, jusqu'à ce qu'il ne se réveille brutalement, étouffant un hurlement de terreur. Il était allé se réfugier dans la salle de bain, complètement déboussolé. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour trouver son rasoir, posé sur le comptoir de marbre, et le démonter d'une main fébrile, serrant la lame entre ses doigts tremblants. La douleur vive l'avait arraché aux derniers lambeaux de cauchemar qui s'accrochaient encore à lui, le ramenant brusquement à la réalité. Et les battements frénétiques de son cœur s'étaient peu à peu apaisés, alors qu'une vague de soulagement le submergeait, repoussant momentanément l'angoisse qui lui tordait les entrailles. Une fois qu'il fut à nouveau lucide et plus calme, il nettoya ses plaies, avant de remettre la lame à sa place et de faire hâtivement disparaître toute trace de ce qu'il venait de faire. Ce calme retrouvé était cependant teinté de honte, une honte qui se faisait de plus en plus cuisante à chaque nouvelle entaille qui venait décorer sa peau. Et il s'en voulait, terriblement. Il fallait qu'il se contrôle, il le savait, c'était nécessaire s'il voulait réussir à devenir animagus. Mais réprimer ses pulsions était bien plus dur maintenant qu'il était affaibli. À contrecœur, il avait avalé une potion de sommeil et était retourné s'effondrer dans son lit, puis avait attendu que le médicament l'assomme. Il s'était alors enfoncé dans un sommeil sans rêve, si lourd qu'il avait dépassé de loin l'heure à laquelle il se levait d'habitude.
« Kai... Kai... Mittens m'emmerde encore à pas d'heure, faudrait vraiment que tu lui expliques que c'est pas parce que je porte que du noir que je suis sa mère, merde. » Il perçut une voix, comprit vaguement quelques mots, mais ne répondit que par un grognement étouffé, avant de se blottir un peu plus sous les couvertures. Il sentit alors une main se poser sur son épaule et le secouer doucement, le tirant pour de bon des bras de Morphée qu'il avait si difficilement trouvés la veille. « Kai ! » Sa tête émergea finalement de son oreiller et il se retourna. Ses yeux bleus, encore ensommeillés et encombrés de quelques mèches blondes en désordre, dévisagèrent la jeune femme assise au bout du lit. Il y eut un long moment de flottement, durant lequel il se demanda où il était et ce qui était en train de se passer, avant que ses souvenirs ne refassent surface.
« Guten Morgen. » maugréa-t-il, sans même se rendre compte qu'il venait de parler dans sa langue natale. Il repoussa sa couette et se redressa dans son lit, laissant échapper une grimace de douleur. Il se retint juste à temps de porter une main à son flanc. Il ne manquerait plus qu'il attire l'attention là-dessus. Il vint s’asseoir au bord du lit et passa ses mains sur son visage en soupirant. Il se sentait vieux et fatigué, il avait l'impression que peu importe le nombre d'heure qu'il passerait à dormir ou le nombre de potions qu'il prendrait, rien ne pourrait alléger cette sensation d'épuisement qui pesait sur lui. Et cela le mettait hors de lui. Il n'avait pas envie de se transformer en vieillard infirme, il n'avait que cinquante-trois ans après tout. Il avait encore des choses à voir, à vivre, à découvrir – du moins il se plaisait à le penser, à se dire qu'il n'allait pas passer le restant de ses jours à Earystane Bay, qu'il y aurait quelque chose après, n'importe quoi. Mais il lui arrivait de se dire que les détraqueurs avaient peut-être fait plus de dégâts qu'il ne l'aurait imaginé, et que de ce qu'il était avant, il ne restait plus grand chose. Cette pensée faisait naître en lui une sourde tristesse.
Mittens, désappointée de ne pas être le centre d'attention de son maître, se hissa sur le lit d'un bond et vint le pousser d'un coup de tête, un miaulement rauque roulant au fond de sa gorge. Un mince sourire vint étirer le coin de ses lèvres et Kai prit le gros chat dans ses bras, enfouissant momentanément son visage dans sa fourrure. « Tu es encore allée faire des bêtises pendant que je dormais, hein ? » dit-il, amusé. Pour toute réponse elle miaula à nouveau, et l'auror rit doucement, avant de plaquer un baiser sur son encolure soyeuse. « Je crois qu'elle t'apprécie. C'est rare qu'elle aille vers les autres comme ça. » ajouta-t-il à l'adresse de Jude, avant de reposer le félin, qui vint aussitôt se lover sur ses genoux. Il allongea le bras vers sa table de nuit pour y récupérer son paquet de cigarettes et sa baguette. Son regard s'arrêta longuement sur cette dernière, alors qu'il pinçait une cigarette entre ses lèvres.
Il avait toujours comparé son ancienne baguette à un os, de par sa blancheur et la finesse de son ciselage. Celle-ci, taillée dans du bois de sapin, était tout aussi blanche, ce qui lui avait arraché un bref sourire en coin nostalgique, la première fois qu'il l'avait tenue entre ses mains. Cependant, sa pâleur était légèrement atténuée par la présence de quelques veinures discrètes aux teintes plus chaudes. Elle mesurait très exactement vingt-neuf centimètres et renfermait en son cœur une plume de phénix. “La baguette du survivant”, c'était ainsi que le vendeur l'avait appelée. Kai avait eu un rire amer et ses yeux bleus, soudainement emplis d'une lumière froide, avaient lancé des éclairs. S'il n'avait été que simple spectateur extérieur des événements survenus dans sa vie ces derniers mois, il aurait peut-être trouvé cette ironie du sort assez comique. Mais là, en l'occurrence, dans l'état d'esprit qui était à présent sien, il sentait ses entrailles se tordre de colère. Les épreuves qu'il avait dû surmonter avaient irrémédiablement altéré quelque chose en lui, même sa nouvelle baguette en faisait les frais. Et il savait que maintenant, sa magie porterait toujours les stigmates de toute cette douleur qui s'était logée dans son corps et dont il n'arrivait pas à se défaire. Mais tout ça, bien entendu, il n'en avait pas touché un mot au gérant d'Ollivanders. Ce dernier avait continué à parler comme si de rien n'était, énonçant les propriétés de ce bois dur et résistant qui, d'après ses dires, avait tendance à choisir des sorciers déterminés, résolus et capables d'encaisser les coups. Il avait également ajouté que l'association du sapin avec la plume de phénix dénotait chez son propriétaire une puissante énergie et une fureur de vivre peu commune. Le vieil Allemand l'avait écouté les dents serrées, faisant tourner entre ses doigts l'objet magique qu'il regardait d'un œil où se mêlaient rancœur et dégoût. Il ne voulait pas d'une baguette qui ne ferait que lui rappeler ce qu'il venait de vivre à chaque fois qu'il s'en servirait. Il voulait retrouver son ancienne baguette. Il voulait retrouver son ancien lui. Celui qui ne portait pas le poids de cette expérience sur ses épaules, celui dont le corps ne frémissait pas de crainte au moindre contact, celui qui n'avait connu ni le froid ni la faim, celui qui n'avait pas vécu tous ces mois avec pour seul contact humain les pleurs angoissés et les hurlements de douleur de ses pairs, celui qui n'avait pas l'impression d'étouffer à nouveau entre les murs d'une cellule dès qu'il fermait les yeux. Mais l'ancien Kai n'était plus, il l'avait laissé quelque part dans un souterrain humide perdu dans les landes écossaises.
Une petite flamme bleue s'alluma à l'extrémité de sa baguette, et le bout de sa cigarette s'embrasa doucement. Il inspira avidement, accueillant avec délice la brûlure réconfortante de la nicotine dans ses poumons. Il sourit à nouveau lorsqu'il remarqua l'enveloppe cachetée posée sur sa table de nuit, juste à côté de ses lunettes. C'était probablement une lettre d'Angelo ou bien d'Oliver, elle avait dû arriver pendant qu'il dormait et quelqu'un avait eu la gentillesse de la lui déposer ici. Parler avec ses deux amis lui faisait du bien, même s'il était triste de ne pas pouvoir les voir. C'était agréable, de pouvoir parler avec quelqu'un d'extérieur à tout ça. Il n'aurait jamais cru que quelque chose d'aussi banal que de répondre à son courrier lui ferait autant de bien. Au final, peu de gens semblaient avoir remarqué sa disparition. Même son propre patron ne semblait pas s'en être inquiété. Mais ça ne l'étonnait pas tant que ça, son cercle de relations était assez réduit et il n'avait jamais été le genre d'homme à entretenir des amitiés très poussées avec ses collègues de travail. Il se contentait de rester poli et cordial, ça n'allait pas plus loin, les exceptions étaient rares. Il se sentit soudain très triste et très seul, l'espace d'une seconde. Il se demanda à quoi sa vie pourrait ressembler, s'il ne s'était pas tant appliqué à repousser toute marque d'affection, s'il n'avait pas tant ignoré et réprimé ses propres sentiments, ces quinze dernières années. Il ferma les yeux, une expression crispée sur le visage.
« Tu as encore mal ? » demanda-t-il en relevant la tête quelques secondes plus tard, dardant sur sa colocataire de chambre un regard inquiet. L'état de Jude semblait se dégrader de jour en jour et il se sentait terriblement impuissant de ne savoir comment l'aider. Il avait toujours la bouteille de whisky qu'Angelo lui avait envoyée, qu'il n'avait toujours pas ouverte et qui siégeait dans un des placards, derrière une pile de chemises. Mais ce n'était probablement pas une bonne idée de la ressortir maintenant. Pas besoin d'être un génie pour savoir que noyer ses problèmes dans l'alcool ne résoudrait rien. Cela endormirait la douleur, pour quelques minutes ou quelques heures, mais elle reviendrait, inévitablement, sans doute pire qu'avant. C'était inutile. Étonnamment, ce raisonnement parfaitement censé et logique ne semblait pas se frayer un chemin jusqu'à son esprit, lorsque c'était lui qui se blessait. Peut-être parce que la sensation de perdre pied le terrifiait, et que le pouvoir qu'il avait sur son propre corps, celui de se faire mal délibérément, lui donnait l'impression d'avoir le contrôle sur au moins une chose. C'était rassurant, apaisant.
« Tu es sûre que tu ne veux pas retourner voir le psychomage ? Je crois qu'il est là aujourd'hui. » dit-il finalement, tandis qu'un nuage de fumée grisâtre s'échappait d'entre ses lèvres. Ce n'était pas dans ses habitudes d'insister, surtout pas avec Jude, il savait à quel point elle était têtue. D'ailleurs, elle avait toujours refusé d'aller faire soigner sa main blessée, malgré qu'il le lui ait demandé à plusieurs reprises depuis leur arrivée. Mais son inquiétude pour la jeune femme n'allait pas en s'arrangeant, et la voir souffrir ainsi lui faisait mal au cœur. « Tu n'es même pas obligée de lui parler. Tu peux juste lui demander qu'il te donne des potions antalgiques. Ce serait un bon début. » Il espérait qu'elle dirait oui, et, bien sûr, il espérait aussi qu'elle irait lui parler. Elle ne pouvait pas rester éternellement dans cette situation, qui sait jusqu'où cela pourrait aller. C'était sans doute hypocrite de sa part de penser cela, alors que lui-même s'appliquait à éviter le personnel soignant autant qu'il le pouvait, mais il se préoccupait beaucoup plus de Jude que de lui-même.
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Dernière édition par Kai D. Blumenthal le Mar 14 Fév - 1:43, édité 4 fois
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Répartition : 30/08/2016
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Message Re: When the war is over, we'll have to start all over (Jude & Kai)
par Jude Barrett, Jeu 8 Déc - 12:45 (#)
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La compassion de Kai lui fit encore plus mal que le reste. Bien sûr, l'inquiétude que son état suscitait chez son ami était des plus touchantes, elle avait d'ailleurs perdu depuis longtemps l'habitude qu'un de ses aînés ne se soucie réellement d'elle, mais elle amenait en son cortège son lot de culpabilité et d'idées plus sombres les unes que les autres dont la jeune sorcière se serait bien passé. L'auror était en effet loin d'être lui-même dans une forme olympique, et pourtant celui-ci s’entêtait à vouloir avant tout prendre soin d'elle, dévoilant des trésors d'argumentation dans l'espoir de la voir redresser la barre et retourner voir les membres de l'équipe médicale, quand elle ne souhaitait pour sa part que continuer à vive allure dans ce qu'elle savait pourtant être une impasse.

Levant à peine les yeux de la couverture en laine écossaise qui recouvrait le lit de son ami, elle murmura du bout des lèvres une vague promesse d'aller consulter dans la journée, avant de se relever tant bien que mal. Ne souhaitant pas inquiéter l'homme fatigué qui la dévisageait avec attention, elle serra les dents jusqu'à les faire grincer, retenant cependant avec succès le grognement de douleur qui menaçait de lui échapper. Elle avait l'impression d'avoir vécu cent ans depuis qu'elle s'était retrouvée coincée ici, et d'avoir pour autant connu si peu. La lumière aveuglante du soleil se reflétait désormais sur les carreaux des fenêtres de la chambre, renvoyant des rayons d'un blanc cru qui lui rappelèrent immédiatement les multiples nuances que prenaient à l'aube les cheveux de...Non. Pas aujourd'hui, pas maintenant. Elle n'avait pas la force de penser encore à elle, pas si il fallait qu'elle donne le change.

Secouant la tête avec véhémence, ce qui manqua lui arracher un cri, la jeune femme se dirigea vers la penderie, jetant au passage un regard vers le lit resté intact depuis son arrivée. L'idée de s'y coucher l'avait alors emplie d'une peur panique, refusant que sa peau devenue si pale pendant sa captivité ne se mêle au blanc immaculé des draps, de s'y voir plongée et de s'y perdre, de faire de ces lieux si impersonnels sont ultime tombeau. Sa place n'était pas ici, sa place était chez les vivants, dans la sueur et dans les larmes, dans les coups et dans les cris, dans à peu près tout plutôt qu'en cette demeure aux allures de mausolée. Non pas que son avis compte aux yeux de ses camarades d'infortune et de leurs gardiens, leurs regards réprobateurs valaient certes plus qu'un long discours. Ils se fatiguaient néanmoins pour rien : de satisfaire, Jude n'en avait cure, et elle n'avait dans tout les cas plus grand chose à perdre.

Pestant contre les quelques vêtements, tous plus impersonnels les uns que les autres, qui lui avaient été confiés en échange de la blouse informe qu'elle avait jusqu'ici porté, la sorcière porta finalement son choix sur une chemise de flanelle noire et un pantalon de la même couleur, le blouson qui l'attendait sur la chaise près de la fenêtre lui arrachant toutefois un sourire : celui-là, elle aurait pu le choisir elle même, tout n'était après tout pas perdu.

Posée sur une étagère, entre deux piles de vêtements, une boite colorée attira à son tour son attention. Une nouvelle baguette pour une nouvelle vie, c'était-elle d'abord dit lorsqu'elle avait reçu celle-ci. Depuis, elle ne l'avait pas ouverte une seule fois, préférant se concentrer sur sa force physique et les sensations, toutes plus désagréables les unes que les autres, que regagnait petit à petit son corps.

Sa nouvelle baguette, si tant est qu'elle la considère ainsi, était en bois de hêtre et crin de licorne, ce qui avait quelque peu surpris la jeune fille, tout comme les sorciers qui l'accompagnait alors. « Une baguette qui suggère une grande sagesse » lui avait-on dit. Le rire sarcastique de Jude était resté coincé dans sa poitrine alors qu'elle s'étranglait presque sur les sanglots qu'il lui avait fallu réprimer. Sagesse peut-être, mais à quel prix ? Et qu'est-ce que ça pouvait bien lui foutre ? Elle n'en avait que faire d'être sage, elle était en colère, en colère contre le monde entier. Cela faisait bien longtemps qu'elle ne voulait plus être sage. Les enfants sages n'étaient pas plus aimés, alors à quoi bon ?

D'un geste rageur, elle saisit l'écrin et le glissa dans ses vêtements propres qu'elle prit sous le bras avant de se diriger vers la salle de bain, prenant soin au passage d'ignorer royalement le regard inquiet que lui adressa l'allemand. Sentant le souffle chaud d'Archimède sur ses talons, elle faillit partager avec lui un commentaire acerbe quand aux habitudes de mère poule que prenait désormais Kai, avant de se rappeler qu'il y avait bien longtemps maintenant que son patronus n'avait rit à une de ses blagues. Si elle continuait néanmoins de lui adresser la parole régulièrement, elle n'avait là pas la force d'être confrontée à son silence.

Enfin parvenue dans la salle de bain, ce fut cependant son reflet dans le miroir qui manqua finalement de lui faire lâcher prise. Posant délicatement ses affaires sur le meuble en bois qui faisait face aux lavabos, elle se rapprocha ensuite de la glace, celle-ci lui arrachant encore la même impression douloureuse. La jeune femme qui lui faisait face n'avait pas changé d'un poil depuis qu'elle avait quitté Poudlard, et ne reflétait en rien ce qu'elle ressentait désormais à chaque pas, à chaque souffle ; c'était un  fantôme qui ne lui ressemblait plus en rien. Bien sûr, elle savait parfaitement qu'en dehors de sa main elle ne portait de ses blessures aucune marque physique. Mais que sa propre image ne lui dénie le droit à une forme de deuil lui paraissait insupportable, n'ayant que trop conscience du prix de ce qu'elle avait perdu ces derniers temps.

Agissant sous le coup d'une impulsion irrépressible, elle extirpa sa baguette de sa boite, retirant le couvercle d'un geste sec. Puis, croisant une dernière fois son reflet, un air résolu ayant pris place sur son visage, elle dirigea son geste vers le sommet de son crâne, sentent sa magie doucement rayonner entre ses doigts.

« Colovaria. »
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Répartition : 21/03/2016
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Message Re: When the war is over, we'll have to start all over (Jude & Kai)
par Kai D. Blumenthal, Mar 14 Fév - 16:44 (#)
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La voix de Kai n'était plus qu'un murmure enroué, qu'il devait se forcer à faire sortir de sa bouche alors qu'il ne rêvait que de silence. Tout ce qu'il voulait, c'était aller se recroqueviller dans un coin de la bibliothèque avec son plaid et un thé brûlant et se plonger dans la lecture de tous les ouvrages de métamorphose dont il avait soigneusement commencé à trier et noter les informations qui l'intéressaient. Mais ce n'était pas vraiment possible, il le savait parfaitement. Il devait se montrer un minimum sociable avec le personnel médical, les membres de l'Ordre et les autres rescapés, il fallait qu'il mange plusieurs fois par jour, qu'il dorme, qu'il prenne soin de lui. La tâche était plus dure qu'il n'y paraissait. Il avait une certaine tendance à fuir la salle à manger et redoutait la nuit de peur d'être une fois de plus assailli par les visions d'horreur qui rampaient dans sa tête. Mais il essayait, du mieux qu'il le pouvait, de garder la tête hors de l'eau, de fonctionner comme un être humain normal était censé fonctionner. Cela se soldait la plupart du temps par un échec. Néanmoins, il avait constaté que depuis qu'il avait fermement entrepris la longue et difficile quête pour devenir animagus, les échecs se faisaient un peu moins pénibles de jour en jour. Ethan lui avait même dit la veille qu'il semblait avoir un tout petit peu meilleure mine. Ce n'était pas grand chose, mais c'était encourageant. Il avait envie de s'en sortir. C'était une envie qu'il n'avait pas l'impression de retrouver chez Jude et cela l'alarmait plus qu'il ne voulait le laisser paraître. La voir se laisser dépérir lui était insupportable, et savoir qu'il était totalement impuissant achevait de le plonger dans une tristesse presque aussi lourde que tous les souvenirs du complexe qui s'amoncelaient dans son corps trop maigre. Il voulait l'aider, mais il ne savait pas comment. Et puis comment le pourrait-il, alors qu'il arrivait à peine à se maintenir en vie lui-même.
Elle avait baissé les yeux, une expression butée durcissant ses traits. Un silence s'étira entre eux. Elle évitait son regard, gardant le sien rivé sur la couverture en laine écossaise qui recouvrait le lit de Kai. Avait-elle seulement écouté ce qu'il venait de lui dire, ou bien attendait-elle simplement qu'il se taise ? La connaissant, la deuxième option était la plus probable. Mais ce ne serait pas suffisant pour décourager l'Allemand. Les aides-soignants semblaient avoir abandonné l'idée de s'occuper d'elle, découragés par son refus obstiné, mais pas lui. Il ne voulait pas l'abandonner à son sort. Parce qu'elle comptait pour lui, autant que si elle avait été de sa propre famille, et qu'il était tout simplement incapable de laisser tomber les gens auxquels il tenait.
La jeune femme finit par grommeler quelques paroles, inintelligibles pour la plupart, une poignée de murmures où l'on sentait poindre une douleur qu'elle peinait à contenir. Il distingua dans cet amas de mots enchevêtrés une vague promesse d'aller voir le psychomage, qu'il devinait chimérique. Il ne fit cependant aucun commentaire et se contenta de suivre Jude du regard, caressant toujours machinalement son chat, alors que celle-ci se levait du lit, une grimace douloureuse lui crispant le visage. Elle alla se planter devant la penderie, soupirant avec agacement devant les vêtements qui y étaient soigneusement rangés. Kai esquissa l'ombre d'un sourire amusé. Lui non plus n'aimait pas spécialement les habits que l'Ordre avait mis à leur disposition. Ses belles chemises italiennes et ses cravates en soie lui manquaient, mais il ne se plaignait pas, ce qu'il avait maintenant serait toujours mieux que ce qu'il avait dû porter au complexe. Il n'avait pas le courage de se faire beau, de toute façon. À quoi bon ? Il n'avait personne à voir et les gens qu'ils côtoyait à présent s'en fichaient.
L'Auror haussa les sourcils avec surprise lorsqu'il vit sa compagne de chambre se saisir d'une boîte oblongue, demeurée intacte depuis qu'elle avait été posée là. Jude n'avait pas utilisé sa nouvelle baguette une seule fois, au contraire de Kai qui avait fini par s'y habituer. Ça n'avait pas été de gaieté de cœur, mais il savait qu'il en aurait besoin pour l'aider dans son projet. Et même sans cela, le plus tôt il réussirait à reprendre véritablement possession de son propre corps et de sa magie, plus il mettrait de distance entre lui et ce qu'il avait vécu ces derniers mois. Du moins, c'était ainsi qu'il percevait les choses, à présent.
Jude se saisit de l'écrin d'un geste rageur et le fourra brutalement sous son bras avec le reste des vêtements qu'elle avait choisi, avant de passer devant l'Allemand sans lui adresser un regard et de sortir de la chambre. Il soupira et passa une main sur son visage encore chiffonné par le sommeil. Il avait faim, une fois n'était pas coutume. Il déposa Mittens au pied de son lit et finit par se lever. Il s'habilla sommairement, choisissant les premiers habits qui lui tombaient sous la main – un pantalon quelconque, un t-shirt uniforme et une chemise en coton vert foncé. Il avait la sensation que ces vêtements informels lui donnaient l'air plus vieux et chétif qu'il ne l'était réellement. Il était plus facile de décréter que c'était la faute des vêtements plutôt que la sienne. L'impression de se débattre inutilement, d'essayer de repousser une fin pourtant inéluctable, était de plus en plus dure à supporter. Il repensa à la bibliothèque, aux livres qui l'attendaient, à son carnet de notes rangé dans le tiroir de sa table de nuit. Bientôt. Il se raccrochait à cette idée de toutes ses forces, c'était tout ce qu'il lui restait, après tout.
Il quitta la chambre à son tour, aussitôt suivi par Mittens qui trottinait près de lui en miaulant. Lorsqu'il passa à côté de la salle de bain, la porte était encore ouverte et la scène qu'il entrevit le fit s'arrêter net. Un soupir de soulagement lui échappa quand il comprit que Jude était simplement en train de changer la couleur de ses cheveux. « Le blond te va bien. » dit-il simplement, au bout de quelques secondes de silence.
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