BELLUM PATRONUM


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my yesterdays walk with me. they keep step, they are gray faces that peer over my shoulder (reine)
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Message my yesterdays walk with me. they keep step, they are gray faces that peer over my shoulder (reine)
par Invité, Lun 4 Sep - 9:34 (#)
Je passai une main tremblante sur mes lèvres sèches et plissai les paupières pour que les lumières colorées de la rue n’agressent pas ma rétine. J’avais beau essayer, mon corps ployait sous le rythme soutenu de la capitale britannique et je ne trouvais plus le plaisir de m’y rendre, plaisir que j’avais autrefois ressenti, j’en étais persuadé. Je rajustai le col de mon manteau autour de mon cou : il faisait chaud, et pourtant je me sentais à découvert, comme nu sur le macadam, car je n’avais pas pris la peine de boire quelques gorgées de polynectar avant de sortir de l’appartement miteux que je squattais pour l’occasion. Mais il y avait une nécessité à marcher sans aucun masque : je me rendais à des réunions moldues. Cela faisait à présent plusieurs semaines, peut-être quelques mois. J’étais tombé sur une annonce un soir, sur le tableau d’un hôpital : pour vous défaire de vos addictions. J’allumai une cigarette en repensant à ce tract qui avait imprégné mon esprit de la couleur de cette encre de mauvaise qualité, songeant qu’on ne se défaisait pas de ses addictions, qu’on ne pouvait que les remplacer. Il fallait simplement éviter d’en avoir une au départ pour échapper au cercle vicieux. Et j’avais été une proie facile, puisqu’un mètre quatre-vingt-seize de convictions gauchistes et de bonne volonté n’avaient pas réussi à contourner ni l’admiration que j’avais pour les âmes les plus excentriques, ni mon goût prononcé pour la violence brute, ni la dépendance à l’héroïne. Alors j’étais allé à l’une de ces réunions, observant avec attention ces gens installés en cercle parler de leurs problèmes qui n’avaient rien à voir, et pourtant tout à voir avec les miens. Des Moldus fiers d’être sobres, fiers d’avoir tenu un jour, une semaine, un mois ou un an sans consommer, et quelle que fut la durée, les applaudissements restaient sincères. Personne ne me forçait à parler, je n’avais d’ailleurs jamais pris la parole, mais écouter ces voix faire résonner des âmes entre elles comme un orgue dans une cathédrale s’était avéré bien plus agréable que je ne l’aurais pensé. Et bien plus salvateur, car détaché de tout ce que qui me liait au monde sorcier.
Mais tu es un sorcier. Cette phrase martelait mon crâne depuis bien trop longtemps à présent et j’avais plusieurs fois songé au fait que ma vie aurait été bien plus heureuse sans mes pouvoirs. Je serais resté auprès de ma mère et aurais grandi dans un monde qui me paraissait plus équilibré que celui dans lequel je vivais à présent. Néanmoins, je finis par admettre que malgré le joug qu’avait fait peser la société sorcière sur mon dos, j’avais pris soin de rester un paria durant toute mon existence, et ce peut-être volontairement, égoïstement, jetant toute responsabilité au visage des autres afin de mieux pouvoir ignorer les miennes. Il n’y avait pas un seul jour où il ne fallait pas me contenir : le carcan social m’étouffait et il était d’autant plus présent à l’intérieur d’une ville telle que Londres, tant je pouvais relire à chaque coin de rue la preuve que je ne m’étais pas inventé un rôle, mais qu’au contraire je l’avais joué jusqu’à ce qu’il ne puisse plus se décoller de ma peau. J’étais un vieux mafieux qui ne pourrait pas résister indéfiniment à la tentation, conscient qu’un jour j’allais retomber dans la drogue car plus le temps passait et plus elle me manquait – contrairement à ce que l’on pouvait croire. Voilà ce qui m’amenait à ces réunions mystérieuses alors que l’on m’avait toujours appris que la magie guérissait bien mieux les maux que n’importe quelle technique moldue. J’ai juste besoin de parler, la solution était donc si claire et limpide qu’on en oubliait l’évidence. Non, je n’ai même pas besoin de leur parler, juste de les écouter et de savoir que je ne suis pas seul. Il n’y avait rien de magique là-dedans. Juste assez d’altruisme pour faire trembler les certitudes du sceptique que j’avais appris à être au fil des années.
Une silhouette se profila au coin de la ruelle et je soufflai la fumée de ma cigarette à son approche, ne la quittant pas des yeux. Il s’agissait d’une femme, grande, aux formes pulpeuses et maquillée avec un soin qui esquivait toute forme de vulgarité pour ne plonger que dans l’excentrisme le plus pur. Elle me rappela Paris immédiatement, et il me fallut un certain temps pour discerner l’origine de ce déjà-vu : elle avait l’attitude d’une citadine française, je pouvais le deviner aisément pour avoir croisé le chemin de centaines de femmes lors de mon séjour en France. Quelque chose dans son visage me ramenait des années en arrière. S’agissait-il simplement du cliché absurde d’une danseuse de cabaret, ou simplement d’une hallucination à force d’avoir trop repensé au passé ? Puis soudain, une seconde, un contact visuel : ses iris s’éclaircirent et me fixèrent à mesure qu’elle marchait, ses sourcils s’épaissirent pour venir dessiner la courbe de ses orbites et son front accueillit les prémices d’une ride verticale que je connaissais trop bien puisqu’il s’agissait de celle à laquelle je me retrouvais confronté chaque matin lorsque je me regardais dans le miroir. Puis l’instant s’évapora et la femme poursuivit sa route, me laissant seul avec de nouveaux mystères. Je fus comme happé, ravi au présent pour me replonger dans ma mémoire : une réunion dans un bar parisien, un jeune éphèbe trainant dans mes pattes et décryptant mon camouflage comme s’il en avait été l’artisan. Il avait été le premier et le seul à savoir que je n’étais pas celui que je prétendais être, imitant mon regard pour m’alerter, pour sauver ma peau à la dernière seconde. Le seul à savoir sans que je ne vienne lui ôter la vie car quelque chose dans son visage juvénile et intelligent m’avait fait réfléchir avant d’agir. L’inconnue allait disparaître au bout de la ruelle et mes pas se lancèrent machinalement à sa poursuite sans que je ne les contrôle, bousculant des passants pour la rattraper, la voir entrer dans un établissement quelques minutes plus tard. Je m’y engouffrai à mon tour, serrant les dents pour garder la tête froide et ne pas me faire remarquer. Et je finis par retenir complètement ma respiration alors que je découvrais les lieux, exacte réplique de cet endroit où, une dizaine d’années plus tôt, je manquais de perdre ma couverture car les effets du polynectar s’était estompés plus vite que je ne l’avais pensé. Mes yeux parcoururent la salle, mes mains tremblantes trahissant l’hésitation et la surprise qui s’était emparées de mon être sur l’instant. Enfin, mes prunelles se posèrent sur la silhouette que je recherchais et je m’approchai de cette femme fatale et mystérieuse, celle qui venait de me faire remonter le temps en un sourire. Je m’installai à ses côtés : elle paraissait m’attendre au comptoir du bar, consciente que j’avais été trop intrigué par son jeu de regards pour ne pas la suivre. Je croisai les doigts sur la table avant de légèrement tourner mon visage vers elle, sans la regarder : « Je suis déjà venu ici, n’est-ce pas ? » Pourtant c’était impossible, nous le savions tous les deux. « Je n’aime pas les énigmes, je suis crevé. » Je soupirai. « Dis-moi ce qui se passe. » Avais-je consommé de nouveau ? Tout avait l’air pourtant si réel, mais la musique, les décors, les gens qui m’entouraient me faisaient croire qu’il ‘agissait d’un rêve. Néanmoins ces derniers s’inspiraient de la réalité et en regardant le profil de cette femme, je crus y apercevoir une tranche de mon passé s’écrasant dans mon cœur après avoir été laissé au fond de ma mémoire pendant des années, refaisant surface sans aucune explication, avec la légèreté et le lyrisme d’un battement de cil au milieu du brouillard.
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Message Re: my yesterdays walk with me. they keep step, they are gray faces that peer over my shoulder (reine)
par Reine C. Delacroix, Mar 26 Sep - 20:44 (#)
Elle avait rajusté son maquillage dans les toilettes du petit pub crasseux du centre de Londres où elle avait retrouvé son superviseur. Ils se voyaient le moins souvent possible et dans des endroit toujours improbables. Il n'était jamais trop prudent, selon ses dires, mais parfois elle aurait préféré qu'ils se voient dans des endroits un peu plus lumineux et certainement moins miteux. Elle avait apprécié parler français avec lui, elle ne faisait que trop peu, à part Trajan, peu de personnes de son entourage connaissait sa langue maternelle. Elle était donc un peu nostalgique. Il lui avait donné quelques nouvelles, pas toutes bonnes. Si sa mère se portait bien, Martin, son premier amour, avait quand à lui quelques démêlés avec la justice. Il était accusé de trahison envers la couronne de France, et même si elle aurait aimé pouvoir nier ces accusations, elles lui ressemblaient bien trop pour être totalement fausses. Emilie s'occupait de son dossier, c'était une jeune fille brillante et une avocate renommée maintenant, sa meilleure amie aussi, une des seules avec qui Oscar avait tissé des liens durant sa scolarité. Elle pouvait garder espoir. Un peu. Mais son avis et ses sentiments n'avaient de toutes façons plus d'importance, ils pensaient leur ami mort, et Reine ne pouvait pas entrer en contact avec eux, pour leur sécurité, et pour la sienne.

Elle sorti du troquet exactement quinze minutes après lui, l’attente avait été longue et elle avait tellement de choses à faire qu'elle ne pouvait s'empêcher de penser que c'était du temps gaspillé. La chaleur était trop intense pour une journée de septembre, et elle espérait qu'un orage viendrait sur eux assez vite. Dans cette chaleur, tous les artifices qui l'aidaient à maintenir son corps à l'état de femme étaient plus difficiles à supporter. Elle se sentait pourtant en forme, elle avait pris quelques jours durant l'été, elle avait fait fermé le cabaret plusieurs jours et elle avait loué une petite maison, en Écosse, dont elle n'était quasiment pas sortie. El avait passé presque tout son temps à dormir, et n’avait pris l'apparence de Reine que pour rentrer. Son fiancé était venu le voir, il n'avait pas pris la peine de se métamorphoser pour lui qui connaissait son secret. Ils avaient beaucoup rit, comme à chaque fois qu'ils évoquaient cette nouvelle étape de leur jeu de mensonges. Aaron était venu aussi, une journée, une raison de plus de rester enfermés. Dans cette maison isolée du monde, en haut d'une falaise face à la mer, ils avaient cessés d'être les agents ennemis qu'ils étaient chaque jour pour redevenir de vieux amants que le temps a séparé. Il était resté deux jours de plus.

Un sourire se dessina sur son visage à l'évocation de ce souvenir.

Une pointe de mélancolie causée par sa rencontre avec Jacob l’empêchait pourtant de se sentir complètement légère, ses pensées tournées vers le passé plutôt que vers les projets qui s'annonçait devant elle. C'est d'ailleurs parce que sa réflexion était tournée vers ce passé qu'elle bloqua un moment sur le regard de l'homme bien trop couvert pour supporter les rayons du soleil. Ces yeux la ramenaient des années en arrière, embourbant définitivement ses pensées dans la nostalgie. La nostalgie d'une époque où la vie était plus simple, plus douce. Il y avait assez peu de chance que ce soit lui, cet homme qu'Oscar avait admiré, avec qui il avait aimé passé du temps. Il se souvenait être resté bien trop souvent dans ses pattes, et il se souvenait de ces yeux bleus, perçants, qui étaient apparus juste un instant, fugace, et pourtant si nette dans son esprit, encore aujourd'hui. Mais parce que le doute subsistait, et que l'espoir d'avoir retrouvé une vieille connaissance s'était éveillé en elle, elle transforma ses yeux, elle les répliqua, à l'identique. Comme elle l'avait fait, des années plus tôt.

Son absence de réaction évidente calma son cœur qui s'était mis à battre plus fort dans sa poitrine, et aussi facilement qu’elle avait transformé son regard quelques secondes plus tôt, elle repris son apparence quotidienne avant de reprendre son chemin. Un peu déçue. Une déception bien courte puisque Needle l'informa qu'il la suivait. Un grand sourire sur les lèvres elle accéléra le pas jusqu'au quartier résidentiel luxueux où elle avait installé son établissement et sa maison, à vingt bonnes minutes de marches de l'endroit où elle l'avait croisé. Elle avait laissé la porte de la maison grande ouverte, comme une invitation, et elle avait traversé le miroir juste à l'instant où il l'avait franchie, pour lui indiquer le chemin. Elle l'avait ensuite attendue assise au bar où elle avait fait servir de verres de vin. Dans la salle, les serveurs préparaient la salle pour accueillir leurs clients du soir, tandis que les techniciens procédaient à leurs derniers réglages et que les danseurs et les danseuses terminaient leurs répétitions. Elle se tenait bien droite, et lui tournait le dos, elle le regarda s'asseoir, perdu, étonné, et elle finit d'être convaincue. C'était bien lui.

Non pas ici, le Mademoiselle n'a ouvert que depuis trois ans, et je ne t'y ai jamais vu. Nous fêtons l'anniversaire de l'ouverture ce soir, ce sera une grande soirée.
Elle se tut une minute avant de reprendre.
Mais peut-être que tu as connu un endroit qui ressemblait beaucoup à celui-ci, à Paris. Il s'appelait le Madame.

Un immense sourire mutin s'étala sur ses lèvres avant qu'elle n'y mène son verre. Elle lui désigna le sien, l'invitant à l'accompagner. Elle était désormais sûre de ne pas s'être trompée, et sa réaction lui avait apporté la dernière preuve pour ancrer sa certitude.

Il y avait un jeune garçon là-bas, qui s'était entiché d'un homme pas tout à fait respectable, plein de secrets et de mystère.

Elle se tourna finalement vers lui, et tandis sont verre dans sa direction, pour trinquer à ces retrouvailles inattendues, inespérée, et pourtant réjouissantes.

Je suis heureuse de te revoir.





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Message Re: my yesterdays walk with me. they keep step, they are gray faces that peer over my shoulder (reine)
par Invité, Sam 28 Oct - 19:26 (#)
Je ne pouvais nier l'agacement qui me traversait car je n'étais plus le jeune homme d'autrefois. Les années avaient passé si vite et si lentement à la fois, me piégeant entre passé et présent pour me rendre amer comme un verre de lait ayant tourné car on l'avait oublié  sur le coin d'une table. Il n'y avait aucun jugement : on m'avait simplement omis car j'avais disparu trop longtemps et je ne parvenais pas à m'adapter à mon temps, à cette génération qui faisait tout trop vite. Mais quelque chose dans cet endroit me réconforta d'une façon que je ne pouvais comprendre. J'étais toutefois perdu, incapable de trouver mes repères qui pourtant allaient de paire avec tous les détails qui revenaient à ma mémoire à mesure que mes yeux les rencontraient. Je me souvenais de la scène et des lumières tamisées, de ces fauteuils et de cette odeur de parfum mêlée à celle des cigares que fumaient ceux avec qui j'avais eu le malheur de faire affaire. Je me souvenais de mes mains fines et de mes gestes qui avaient trahi maintes fois mon penchant pour la drogue, mes phalanges rougies par la violence et l'excès. Je me souvenais des toilettes où les femmes allaient se repoudrer - avais-je déjà entendu un mot plus français que celui-ci ? - et où j'avais moi-même pris les remontants nécessaires à la survie d'une journée dans la mafia française. En disparaissant dans la nature, j'avais vécu la cassure d'un rythme effréné et j'en vivais encore les conséquences. « Non pas ici, le Mademoiselle n'a ouvert que depuis trois ans, et je ne t'y ai jamais vu. Nous fêtons l'anniversaire de l'ouverture ce soir, ce sera une grande soirée. » Un sourire mutin apparut sur mes lèvres tandis que mon regard refit le tour de la salle qui, en effet, semblait sur les préparatifs d'un bel évènement. J'en avais d'ailleurs toujours aimé l'ambiance, ayant participé à plusieurs de ces soirées mondaines que le cabaret de mes souvenirs avait organisés. Mon interlocutrice garda le silence alors que mes iris bleus s'habituaient à ce qu'ils voyaient. Je ne comprenais toujours pas. Finalement, elle reprit : « Mais peut-être que tu as connu un endroit qui ressemblait beaucoup à celui-ci, à Paris. Il s'appelait le Madame. » Le nom finit de me replonger dans ma mémoire et je lui lançai un regard où s'était logé l'éclat singulier de la nostalgie. Oui, je me souviens bien à présent.
Ce n'était pas un rêve, juste une expérience. Le cabaret ayant eu une renommée non négligeable dans la capitale française, il avait dû attirer les foules lorsqu'il avait ouvert outre-Manche mais je ne vivais pas la même chose que tous ces gens qui en avaient passé la porte émerveillés. Je n'étais pas émerveillé et cette femme pouvait s'en douter. Bouleversé, peut-être, probablement, cependant j'avais l'impression d'endosser de nouveau ce rôle qui n'était pas le mien et que j'étais devenu au fil des mois. « Je m'en rappelle. Le Madame n'existe plus ? » demandai-je dans un souffle, sans la regarder, toujours sur mes gardes comme si d'une seconde à l'autre, on pouvait venir me chercher, me démasquer. Je finis par me tourner vers elle lorsqu'elle me désigna le verre que l'on venait de me servir. Je pris ce dernier avec assurance, car elle m'inspirait une confiance étrange dont je devinais l'origine, presqu'amusé par les jeux du hasard. Cette femme savait attirer les regards puis tromper ces derniers pour laisser un souvenir indélébile et lorsque je trempai mes lèvres dans le cocktail dosé avec précision, le goût m'inspira les mêmes choses que le fond de ses prunelles sombres où s'étaient perdus de nombreuses silhouettes, où elle s'était sûrement perdue elle-même. « Il y avait un jeune garçon là-bas, qui s'était entiché d'un homme pas tout à fait respectable, plein de secrets et de mystère. » Je baissai le regard vers mon verre que je venais de reposer sur le comptoir mais mon sourire, toujours discret, ne diminua pas. Il resta comme une ombre au tableau de mon visage, se confondant avec la lumière pour nous faire croire à tout deux que nous étions bel et bien dans un rêve. Nous trinquâmes à ces retrouvailles sans cette fois que nos regards se lâchent. « Je suis heureuse de te revoir. » Je pris une nouvelle gorgée et me penchai vers elle, accueillant la complicité dont elle faisait preuve à mon égard comme un vieux frère d'arme. « Un sentiment étrangement partagé. » Car je voyais à présent la ressemblance avec le jeune garçon d'autrefois, ou peut-être cherchais-je désespérément à la trouver dans les reliefs de ses pommettes et les traits soignés de son maquillage.
La familiarité n'avait aucune frontière en ces lieux. Je n'y avais jamais mis les pieds et pourtant je pouvais y revoir des scènes de l'une de mes vies antérieures. En effet, le jeune garçon était présent, la rousseur des longs cheveux de l'irlandais dont j'avais pris l'identité luisant dans son regard juvénile. Un esprit intelligent dans un corps que j'avais compris, bien tard cependant, en constante transformation. Nous étions différents tout en restant les mêmes, lui bravant les lois de la physique en sa qualité de métamorphomage car il pouvait avoir tous les âges, toutes les tailles, tous les corps, même le mien, mais c'était dans une enveloppe charnelle volée qu'il m'avait découvert et protégé. Il s'était entiché, comme mon interlocutrice le disait si bien, d'un homme nommé Melleville et non Reid. Je ne comptais d'ailleurs pas lui révéler ma véritable identité. J'en avais tant qu'elle pourrait bien piocher celle qui sonnait le mieux à ses oreilles. Mais elle-même, devenue ainsi adulte et femme, cachait bien des choses derrière ce visage malléable et la question du corps revenait encore une fois frapper à ma porte, moi l'Animagus, moi dont l'âme partageait deux corps sans pouvoir choisir celui dans lequel elle ressentait la plénitude d'une harmonie singulière, car je n'étais plus capable de véritablement ressentir de telles choses. « Je ne t'ai jamais remercié. » Jamais à vive voix comme aujourd'hui, car les murs avaient eu des oreilles durant toute ma mission en France et que cela aurait été trop risqué, pour moi comme pour lui, de parler de l'incident. Nous nous étions lancé des regards entendus et avions continué à vivre nos vies presque parallèles, jusqu'à ce que nos chemins se séparent fatalement. « J'ai comme l'impression que cet homme et ce jeune garçon ont disparu. » Il y avait un plaisir à parler d'une façon si énigmatique lorsque mon interlocuteur se prêtait au jeu. Et la sorcière était une très bonne partenaire. « Mais les secrets et les mystères persistent, n'est-ce pas ? » Je faisais référence à celle que ce garçon était devenu. La raison de cette transformation me fascinerait sûrement et j'avais la nuit devant moi, une nuit qu'elle m'avait promise grande. J'allumai une cigarette pour me remettre les idées en place. « Tu as l'air d'en cacher de nombreux en tout cas. » Mille corps pour une seule et même personne : rien d'étonnant que de se perdre dans un tel dédale et de ne plus savoir quel était le corps originel, le premier que l'on abandonna derrière le second, scellant ainsi tous ses secrets, tous ses mystères.
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Message Re: my yesterdays walk with me. they keep step, they are gray faces that peer over my shoulder (reine)
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