BELLUM PATRONUM


Version 30
Une nouvelle version a été installée sur le forum, accompagnée de son lot de nouveautés.
Vous pouvez la commenter ici.
Limite des sang-purs
Les sang-pur au nom inventé sont limités aux familles d'origine étrangère.
Merci de vous rediriger vers les familles de la saga ou les familles de membres pour le reste.
équilibre des groupes
En créant votre personnage, merci de considérer jouer un élève de Poudlard, dont les nombres sont réduits.
Si vous préférez jouer un adulte, considérez jouer un mangemort, dont nous manquons également.

Only a shadow (ft. Papi Kai)
avatar
habitant de londres
habitant de londres

Répartition : 09/09/2017
Hiboux Envoyés : 14
Message Only a shadow (ft. Papi Kai)
par Aaron Avery, Jeu 14 Sep - 21:01 (#)
La perte de Leigh pèse sur la famille Avery. Si bien que la demeure d’Aaron elle-même semble en porter le deuil, comme transformée par le chagrin de ses habitants. Plongée dans le silence, la résidence ne semble pas abriter la moindre vie. Seul le bois des murs grince parfois timidement, en rappelant l’éloquence de douloureuses lamentations. Les cadres drapés de noir n’animent plus les couloirs. Le repas froid, délaissé au bout de la table du salon, trahit l’absence des domestiques. Les pièces sont vides. Rien ne bouge. Les pendules de la grande horloge elles-mêmes semblent sur le point de s’arrêter, comme si tout est en suspens.

On pourrait croire l’endroit abandonné. Pourtant, tout est à sa place. Bien que désertée, la maison est impeccable. Il n’y a qu’une pièce qui se distingue des autres. Isolé du reste du foyer, le bureau abrite le maître des lieux. Blottit dans un coin, Aaron a poussé un fauteuil pour se réfugier dans la pénombre, comme un animal blessé. Autour de lui règne un chaos inhabituel, vestige d’un moment de colère passagère. Toutes sortes d’émotions écrasent le cœur du sorcier depuis le décès soudain de sa petite sœur.

Les funérailles ont pris fin dans la matinée, et l’aîné a aussitôt quitté les lieux en transplanant. Un geste imprudent, vu l’état dans lequel les évènements l’ont mis. Mais plutôt risquer la désartibulation que de rester une seconde de plus dans ce cimetière de malheur. Il a laissé père et amis derrière lui. Après avoir essuyé la douleur d’une tristesse qui lui semblait éternelle, c’est la fureur qui l’a pris aux tripes en fin de cérémonie. Bouillonnante, ravageuse, elle l’a frappé sans prévenir. Dans ce moment de rage terrible, il a révoqué tous ceux qui étaient venus partager un mot ou un geste affectueux pour lui. Même son elfe de maison s’est trouvé envoyé à l’autre bout de la ville. Aaron est à fleur de peau. Profondément irritable, il ne saurait tolérer la moindre présence.

Certains dirons qu’il se punit lui-même, qu’il culpabilise de ne pas avoir été assez fort ou assez présent pour protéger sa petite sœur. D’autres affirmeront qu’il rumine déjà sa vengeance pour celui qui a osé s’en prendre aussi violemment à sa famille. La vérité surtout, c’est qu’Aaron est simplement piégé dans les souvenirs des moments partagés avec Leigh. Il sourit parfois, mais regrette souvent. Il y a trop de choses qu’il n’a pas eu le temps de dire à cette petite tête blonde qui lui manque plus que prévu.

Entre ses doigts, il tient encore négligemment une photo rare, sur laquelle sa sœur daigne sourire. Il y jette un dernier regard, et ses yeux ne laissent plus couler de larmes. Ces derniers jours, il a déjà trop pleuré. A la place, il échappe un long soupir, comme un dernier souffle, et le silence répond à nouveau à la solitude du sorcier alors qu’il ferme les yeux. Après le désespoir, la rage, et la douleur de la perte, c’est la fatigue qui l’étreint enfin. Il laisse son esprit faiblir. La photo échappe au bout de ses doigts et virevolte. Elle n’a cependant pas le temps de toucher le sol que la sonnerie retentit lourdement dans toute la maison.

Aaron sursaute et se fige. Pendant un court instant, il se retient même de respirer. Il fait le mort, prétend qu’il n’est pas là, ou déjà endormi. Il ne veut voir personne, il a pourtant été clair. Mais après un moment de suspens, la sonnerie retentit à nouveau. Un second soupir échappe au sorcier, de déception cette fois. Son message silencieux n’est visiblement pas assez clair.

Alors il marche d’un pas terriblement lent jusqu’à la porte d’entrée. En traversant le salon, il tente de mettre de l’ordre dans ses idées, de trouver quoi dire, ne serait-ce qu’une phrase bateau. Quand il pose enfin les yeux sur la porte, l’effort lui semble insurmontable. Il a la désagréable impression que chaque pas qui lui reste à faire draine un peu plus ses forces. Lorsqu’il pose enfin la main sur la poignée, il est épuisé. Il ouvre pourtant. Sans avoir trouvé quoi dire, mais qu’importe. Aujourd’hui, c’est comme si plus rien n’a d’importance.

Aaron relève péniblement les yeux vers ce visiteur importun. Le geste semble durer des heures, alors qu’il détaille l’intru des pieds à la tête, jusqu’à croiser ce regard d’un bleu profond. Ce regard, qui lui fait l’effet d’un choc électrique. Il est obligé de s’agripper un peu plus au rebord de sa porte alors qu’il se sent faiblir en reconnaissant le fantôme de son mentor disparu. Plusieurs expressions passent sur le visage de l’aîné endeuillé. La surprise, la peur, l’incompréhension, la colère, la joie, la tristesse. Tout s’emmêle. Et lorsqu’enfin il tente de parler, il est incapable de prononcer le moindre son.

Frustré, il fronce les sourcils et secoue la tête. « Tu…tu… » Le sorcier fait un pas en arrière alors que la fin de sa phrase est bloquée par un hoquet de surprise. Après des semaines de recherche, Aaron a finalement renoncé à son mentor, déclaré mort peu de temps après. Il ne peut tout simplement pas se tenir là, face à lui. Aaron songe qu’il devient fou. Il devrait peut-être rappeler quelqu’un à lui finalement, avant de perdre complètement pieds. Oui mais qui ?

Qui ? Il se répète cette question un millier de fois en quelques secondes. Elle frappe dans son cerveau qui réfléchit trop vite pour mettre du sens dans ses idées. Lui qui affiche d’habitude un sang-froid à toute épreuve, semble en proie à une panique incontrôlable. Qui appeler à l’aide ? Leigh aurait su quoi faire. Leigh aurait su, mais Leigh n’est plus là. Outré et terrifié par cette apparition soudaine, Aaron ravale son sanglot et empoigne sa baguette qu’il pointe vers ce fantôme du passé. Comme toujours lorsque quelque chose lui échappe, il répond par la force. « Tu ne peux pas être là ! » Il parvient enfin à prononcer, en criant à moitié.
avatar
habitant de londres
habitant de londres

Répartition : 21/03/2016
Hiboux Envoyés : 6108
Message Re: Only a shadow (ft. Papi Kai)
par Kai D. Blumenthal, Mar 26 Sep - 15:10 (#)
only a shadow
aaron & kai
L'ancien auror tira une dernière bouffée sur sa cigarette mourante, avant de faire disparaître cette dernière d'un coup de baguette rapide. Son regard balaya la rue déserte, le trottoir détrempé où luisaient les reflets jaunes des réverbères, tandis que la nuit l'enveloppait peu à peu. Il essayait d'ignorer la petite voix dans sa tête qui lui répétait qu'il était en train de faire une bêtise. Il se remit en marche, lentement, comme pour se laisser encore une dernière chance de faire demi-tour. Il s'arrêta devant une grande maison de briques sombres et s'avança sur le petit perron de pierre. Sa décision était prise, de toute façon.
Il hésita encore quelques secondes, contemplant la porte close avec méfiance. Il regretta presque, l'espace d'un instant, d'avoir dit non lorsque Adrian avait proposé de l'accompagner. Mais Aaron aurait probablement vu cela d'un mauvais œil. Kai avait été son mentor, ils avaient été proches, ainsi il avait une chance de pouvoir lui parler. Et puis c'était probablement mieux qu'Adrian ne s'approche pas d'un représentant du gouvernement, son sang-froid n'était plus ce qu'il était, depuis sa sortie du complexe.
Il tira la sonnette et rajusta nerveusement le col de sa veste. Les autres avaient essayé de le dissuader de venir, prétextant que c'était trop dangereux – et c'était probablement vrai. Mais la mort de Leigh l'avait bouleversé, et il ne pouvait simplement pas laisser son frère tout seul après cela. Il n'avait pas pu assister aux funérailles, alors il se rattrapait maintenant. Il leur avait simplement répondu que la moindre petite chance de terminer avec Aaron ce qu'il avait commencé avec Leigh était bonne à prendre. Il se disait que c'était ce qu'elle aurait voulu.
Cependant, rien ne vint, personne ne bougea dans la maison plongée dans le noir, pas un bruit. Alors il sonna à nouveau. Il était peu probable qu'Aaron soit sorti. Il n'avait probablement envie de voir personne, mais peut-être ferait-il une exception pour son vieux mentor.
La porte s'ouvrit enfin. Le propriétaire des lieux demeura silencieux alors que ses yeux fatigués semblaient longuement détailler Kai de la tête aux pieds, s'arrêtèrent sur sa poitrine où était toujours épinglé un petit œillet d'un vert sombre, remontèrent jusqu'à ses pommettes saillantes, croisèrent enfin son regard. Il sembla alors s'effondrer sur lui-même, s'agrippa de justesse à la porte, serrant la poignée dans sa main, et l'Allemand esquissa un mouvement vers lui, par réflexe, avant de s'interrompre presque aussitôt.
« Tu…tu… » Les mots semblèrent se coincer dans sa gorge, tandis que son visage s'animait d'un mélange de colère et de surprise la plus totale. Tout compte fait, il aurait peut-être mieux fait de lui envoyer un hibou, avant de venir chez lui. Mais il y aurait eu de fortes chances qu'il croit à un piège. Après tout, Kai avait été déclaré mort quelques mois plus tôt, et la nouvelle avait probablement fait le tour du bureau des aurors et des rangs des mangemorts – il n'était plus certain qu'il y ait grande différence entre les deux, à présent.
« Tu ne peux pas être là ! » croassa-t-il enfin, l'air éperdu. À l'instant où Aaron leva sa baguette, son sang ne fit qu'un tour et sa main vint aussitôt trouver l'étui accroché à sa ceinture. Il stoppa net son geste, cependant. Il n'était pas venu ici pour se battre, seulement pour discuter. Pour s'expliquer, pour proposer son aide, pour tendre la main à celui qui avait jadis été son élève. L'affection qu'il avait pour lui n'avait pas disparu, après toutes ces années. Et la rancœur qu'il ressentait à l'égard des aurors qui œuvraient toujours pour le gouvernement corrompu n'y changeait rien. Aaron avait toujours été plus qu'un simple collègue, pour lui.
« On ne se débarrasse pas de moi comme ça. » dit-il simplement, ses lèvres se tordant en un léger rictus crispé. Sa main reposait toujours contre l'étui de cuir, prête à saisir sa baguette s'il le fallait. Non, il ne cherchait pas l'affrontement, mais il n'hésiterait pas une seconde si on ne lui laissait pas d'autre choix.
« Baisse cette baguette, tu vas finir par ameuter les voisins... » marmonna-t-il, de son habituel ton bourru. Il pencha un peu la tête sur le côté, essayant de capter le regard de son interlocuteur. Depuis combien de temps n'avait-il pas croisé ces yeux bruns ? La douleur qu'il pouvait y lire lui serrait le cœur.
« Je crois qu'on a beaucoup de choses à se dire. » acheva-t-il en rajustant ses lunettes. Il espérait qu'Aaron allait le laisser entrer, qu'il allait l'écouter. Il avait envie de retrouver son collègue, son ami, ne serait-ce que le temps d'une conversation. Il était fatigué. Il aurait aimé que les choses soient simples, pour une fois, que tout se passe selon ses plans ; mais il savait que ce ne serait probablement pas le cas, parce qu'ils étaient en guerre, parce qu'il ne pouvait plus faire confiance à personne, et surtout parce qu'il avait Aaron Avery en face de lui.
(c) nightgaunt


you said that your heart
was no longer soft
but even flowers can grow out from the cracks of stones.
avatar
habitant de londres
habitant de londres

Répartition : 09/09/2017
Hiboux Envoyés : 14
Message Re: Only a shadow (ft. Papi Kai)
par Aaron Avery, Dim 5 Nov - 22:02 (#)
« On ne se débarrasse pas de moi comme ça. » En temps normal, la remarque aurait arraché un sourire immédiat à Aaron. Aujourd’hui, elle lui fait écarquiller un peu plus les yeux. Elle le rend furieux et lui donne envie de renvoyer son mentor dans son cercueil sur le champ. Il pourrait lui hurler dessus sans s’inquiéter de l’air outré que le fantôme prendrait, il pourrait aussi s’en prendre à lui sans prévenir et l’attaquer sans s’inquiéter de cette main prête à se défendre. Mais aujourd’hui, c’est trop d’un coup. Il se contente de subir cette présence inattendue, sans un mot ni un geste de plus que celui de planter sa baguette entre lui et cet étranger venu d’un autre monde.

Kai affiche un air grave et parle avec son habituel ton grognon qui renvoie Aaron dans le passé. « Baisse cette baguette, tu vas finir par ameuter les voisins... » Cette illusion de sérénité contraste férocement avec la stupeur qui bouleverse l’Anglais. Aaron ne peut pas croire ce qu’il voit, et pourtant il obéit machinalement à cette voix qu’il connait trop bien. Son bras retombe lentement sans lâcher sa baguette pourtant. « Je crois qu'on a beaucoup de choses à se dire. » L’ancien Auror, désormais traître et décédé, suggère une entrevue. Une proposition qui séduit l’aîné Avery sur l’instant, mais qu’il s’empresse de contrer par instinct la seconde suivante. A peine s’est-il écarté pour laisser Kai entrer, qu’il lui fait face à nouveau sans lui laisser le temps de faire un pas. « Tu es quoi au juste ? Un résistant venu finir le travail ? » Aaron crache sa question comme du venin. Une colère sourde le fait tressaillir à cette idée. La résistance a-t-elle décidé de s’en prendre à la famille Avery au grand complet ? Alors l’Auror tend à nouveau sa baguette sans prévenir, et aboie un sort pour contrer le maléfice facétieux en annulant tout effet magique qui modifierait l’apparence de son interlocuteur.

Quel air dépité il affiche lorsqu’il constate que son sort n’a aucun effet. C’est bien lui, c’est bien Kai, et certainement pas une quelconque illusion qui masque un ennemi mal intentionné. Le soulagement ne vient pas pourtant. Aaron l’observe sans un mot, sans une excuse. Il le dévisage comme s’il venait d’encaisser la plus grande des trahisons. Sa baguette vibre presque dans sa main, animée par le chaos qui secoue son maître.

Mais fatigué des émotions fortes, Aaron finit par renoncer à tenter de comprendre seul. Kai a des choses à dire, soit ! L’Auror ouvre enfin sa porte en grand pour s’écarter du passage. Qu’il parle ! « J’espère que tu as une putin de bonne explication à donner. » Le sorcier grogne et la vulgarité avec laquelle il parle trahit l’inflexibilité avec laquelle il va traiter cet échange.

En le voyant passer si proche de lui pourtant, Aaron brûle d’envie de lui céder tout à fait. Il veut tout pardonner, oublier tout ce qu’on lui a fait croire à propos de son ancien mentor, se réjouir de cette réapparition, pleurer la perte de Leigh avec lui, et peut être aller un peu mieux à la fin de cette nuit perturbatrice. Mais rattrapé par son immuable froideur qui l’habite férocement depuis quelques mois, Aaron résiste à cette envie violente. Il dompte ce besoin désespéré de retrouver un vieil ami perdu, et furieux de se sentir si faible et si seul face à cette surprise, il referme bruyamment la porte après le passage de son invité impromptu qui lui cause tant de tourments. Comme un gamin furibond qui fait savoir que son caprice ne fait que commencer.

Il traverse les couloirs à grand pas, et d’un geste de baguette agacé, anime la bouilloire et convoque le service à thé dans le salon. Son manque de précision lui coûte une tasse qui vient s’écraser contre un mur avec violence. Qu’importe, l’hôte ignore les débris qui seront réparés par l’elfe de maison lorsque son retour sera permis par son maître. En attendant, Aaron s’empare lui-même d’une tasse et fusille la bouilloire jusqu’à ce qu’elle siffle bruyamment la vapeur d’eau brûlante.

En rejoignant Kai dans le salon, il bouillonne presque autant que l’eau qu’il vient de verser dans la théière. La présence bien réelle de ce vieillard grognon et attachant le rend nerveux à l’extrême. La moindre parole de travers, le moindre geste mal interprété pourrait le faire imploser pour de bon. Il se laisse pourtant tomber dans un fauteuil, proche du feu de cheminé qui s’est rallumé en percevant les présences dans le salon. Il laisse Kai le rejoindre à sa guise, et soupire en s’enfonçant dans son siège, le regard perdu un instant dans les flammes. Cette journée est interminable. Combien le sorcier aimerait pouvoir se plaindre d’être ainsi maltraité par les événements…

A la place il laisse la théière servir une tasse fumante à son invité, et il plante à nouveau ses yeux sombres sur lui. « Est-ce que tu sais pendant combien de temps je t’ai cherché ? » L’Auror le questionne finalement en parlant lentement. Le ton de sa voix trahit toute la douleur que cette période lui inspire. Il s’est senti si désespérément impuissant de ne jamais comprendre la disparition de son mentor, qu’il a fini par accepter la version officielle, comme tous les autres. Kai est un traître, il a fui, et il en est mort. Une mort qui n’avait visiblement pas été vérifiée comme il se devait. Il enchaîne, en joignant ses mains et en serrant ses doigts à en faire blanchir les jointures. « Est-ce que tu sais ce qu'on m'a dit sur toi ? » La voix d'Aaron s'étrangle presque en prononçant ces mots. Il a eu tant de mal à croire cette histoire de trahison, qu'il aura le même mal à y renoncer. Près de lui, on entend presque sa baguette qui grésille, peut-être aussi furieuse que son maître perturbé.
avatar
habitant de londres
habitant de londres

Répartition : 21/03/2016
Hiboux Envoyés : 6108
Message Re: Only a shadow (ft. Papi Kai)
par Kai D. Blumenthal, Lun 18 Déc - 16:36 (#)
only a shadow
aaron & kai
Aaron s'était poussé pour le laisser passer et Kai pénétra enfin dans la demeure aux allures de sépulcre. Elle semblait si différente de la dernière fois qu'il y était venu, bien des années auparavant, reflétant à présent l'état d'esprit de son unique habitant.
Ses murs lambrissés exhalaient une tristesse suffocante et il se figea,  l'espace d'une seconde, happé par cette froideur qui le ramenait à sa cellule humide et sombre du complexe. Sa main se crispa sur l'étui de sa baguette magique et il secoua la tête pour tenter de chasser ce souvenir.
« Tu es quoi au juste ? Un résistant venu finir le travail ? » lâcha Aaron d'une voix tranchante, le ramenant brutalement à la réalité. Lorsque le plus jeune leva à nouveau sa baguette, son corps tout entier sembla se tendre, il était prêt à bondir toutes griffes dehors sur son adversaire.
Il avait éprouvé tant d'affection pour son ancien apprenti, pour celui qui était devenu un collègue, et avec les années un ami. Un peu de cette tendresse était restée, flottant comme un fantôme au milieu des mots durs qu'ils se crachaient à la figure. Mais s'il ne lui laissait pas le choix, il n'hésiterait pas à se défendre, sentiments ou non.
Il avait envie de se dire qu'il n'était pas venu pour rien, qu'il pouvait encore faire quelque chose, que tout n'était pas perdu pour Aaron. Mais il ne se faisait plus d'illusions. Et puis, comment aurait-il pu faire confiance à quelqu'un qui portait encore le badge d'auror sans vergogne.
« Crois-moi, si j'étais venu pour t'assassiner, on ne serait pas en train de discuter en ce moment-même. » lâcha-t-il en haussant un sourcil. Il comprenait parfaitement la méfiance d'Aaron. À sa place, il n'aurait pas eu confiance non plus.
Ce dernier sembla dépité, lorsqu'il se rendit compte que c'était bel et bien le vrai Kai qui se tenait devant lui et non une pale copie, un piège prêt à se refermer sur lui, comme il semblait le croire. Une rage intense semblait l'animer, à tel point que l'Allemand pouvait sentir l'aura presque électrique qui entourait son ami.
Le prédateur en lui demeurait sur ses gardes, étouffant la voix du mentor qui ne demandait qu'à retrouver son apprenti – prêt à attaquer ou à fuir, son instinct de survie décuplé par l'animal avec lequel il partageait à présent son corps et son esprit.
« J’espère que tu as une putain de bonne explication à donner. » grogna le propriétaire des lieux, après avoir brutalement refermé la porte d'entrée. Kai le suivit jusqu'au salon, jaugeant prudemment les gestes de baguette rageurs avec lesquels il allumait la bouilloire et préparait le service à thé.
Un silence pesant s'abattit sur la pièce alors qu'Aaron se laissait tomber dans un fauteuil, une tasse dans les mains, fixant la bouilloire fumante d'un regard assassin.
L'ancien auror s'était assis à son tour, à une distance respectable, avisant du coin de l’œil toutes les issues possibles. Il ne comptait pas faire de vieux os ici, peu importe l'issue de leur conversation.

« Est-ce que tu sais pendant combien de temps je t’ai cherché ? » Son regard se planta à nouveau dans le sien. Kai percevait sans peine la douleur qui perçait dans la voix du plus jeune, il avait rarement eu si mal au cœur.
Il se souvenait encore du désespoir qui l'avait saisi lorsqu'il avait appris le départ de son propre mentor. Pas dans les mêmes circonstances et sans doute pas pour les mêmes raisons, mais ça ne l'empêchait pas de comprendre ce que ressentait Aaron.
« Tu penses vraiment que je serais parti comme ça, sans une explication, sans rien, si on m'avait laissé le choix ? » gronda-t-il. Il se sentait presque vexé que son ancien collègue puisse penser ça de lui. Il avait peu d'amis mais s'était toujours montré loyal envers eux. Si les disciples n'étaient pas venus le chercher, il aurait probablement été simplement renvoyé, après trente ans passés au bureau des aurors. C'était presque pire que de s'être fait torturer pendant des mois.
« Est-ce que tu sais ce qu'on m'a dit sur toi ? » Sa voix sembla presque s'étrangler dans sa gorge. Oui, Kai savait, et Aaron semblait presque aussi furieux que lui lorsqu'il l'avait appris. Peut-être y avait-il réellement une chance de lui faire ouvrir les yeux pour de bon, dans ce cas.
« Oh, j'en ai une petite idée, lâcha-t-il, un sourire amer au coin des lèvres. On t'a dit que j'ai déserté mon poste pour rejoindre un groupe de nés-moldu avides de pouvoir, n'est-ce pas ? Eh bien, tout ça n'est qu'un tissu de mensonges. » Il s'était tant appliqué à avoir une vie calme et stable qu'il se voyait mal s'embarquer dans une telle histoire, si cette dernière avait été vraie.
« Tu veux savoir la vérité ? Pendant que tu me cherchais, pendant qu'on te répétait de m'oublier parce que je n'étais qu'un traître, j'étais enfermé dans une cellule, quelque part en Écosse, où ces chers disciples pratiquaient des expériences sur moi et d'autres gens. Des élèves de Poudlard. Tu sais, ceux que nous étions chargés de protéger à peine quelques mois plus tôt. » Il marqua une pause, se saisissant d'une tasse de thé fumante. La chaleur contre ses paumes lui fit du bien. Ressasser les événements de l'année dernière n'était pas chose évidente. Il n'en avait aucune envie, mais c'était nécessaire s'il voulait avoir une chance qu'Aaron le croie.
« Tu penses vraiment que c'est une coïncidence si tant de nés-moldu ont disparu en si peu de temps ? Tu crois vraiment qu'on a que ça à foutre, d'aller mener une rébellion contre le gouvernement sans raison valable ? » Cette excuse lui paraissait si ridicule et peu crédible qu'il avait du mal à comprendre comment tant de gens avaient pu la gober sans se poser de questions.
Mais il lui suffisait de se rappeler des discussions qu'il avait pu avoir avec ses tantes lorsqu'il était plus jeune, de la raison pour laquelle ses parents avaient fui l'Allemagne nazie presque cinquante ans auparavant, et il comprenait mieux. Quand les mots n'étaient là que pour attiser la haine, le cœur se fermait et l'esprit devenait aveugle.
« Les Disciples sont très loin d'être les sauveurs que tout le monde s'imagine. Et je préfère être vu comme un traître que de continuer à bosser pour un gouvernement à la solde de l'ennemi. » Il secoua la tête, une expression de profond dégoût tordit ses traits, l'espace de quelques secondes.  Ils avaient tant déformé les choses pour les tourner à leur avantage qu'à présent même des gens pleins de bon-sens comme Aaron en arrivaient à les croire.
« Le badge d'auror a perdu tout son sens, à présent. Même si je le pouvais, je n'aurais plus envie de le porter. » Kai avait lâché ces mots avec bien plus d'amertume qu'il ne l'aurait souhaité. Son métier lui manquait, ce n'était pas quelque chose qu'il aurait avoué avec fierté. Il avait passé trente ans de sa vie là-bas, il s'était dévoué corps et âme à sa fonction. La façon dont on l'en avait remercié lui avait brisé le cœur. Si quelqu'un avait trahi ses valeurs et son pays, ici, ce n'était certainement pas lui.
(c) nightgaunt

Spoiler:
 


you said that your heart
was no longer soft
but even flowers can grow out from the cracks of stones.
Contenu sponsorisé
Message Re: Only a shadow (ft. Papi Kai)
par Contenu sponsorisé, (#)
 

Only a shadow (ft. Papi Kai)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

BELLUM PATRONUM :: Royaume-Uni :: Londres