BELLUM PATRONUM


Version 33

Nouvelle année, nouvelle version installée ainsi que sa flopée de nouveautés !
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équilibre des groupes

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Nous manquons également de Mangemorts.

Outlaws (micah) Octobre 1983
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Message Outlaws (micah) Octobre 1983
par Bonnie Boston, Lun 23 Juil - 6:58 (#)
Octobre 1983
« Et alors, tu as fait quoi aujourd’hui chérie avec mamie ? »

Sa voix était haute, peut-être plus haute que d’habitude. C’était sa façon à elle de cacher son émotion comme à chaque fois qu’elle voyait sa fille dans le miroir à double sens. Feng Faust-Boston avait encore grandit. Bonnie pouvait juger qu’elle avait encore pris quelques centimètres et cette constatation lui broya un instant le cœur. Ça lui était insupportable de ne pas suivre l’évolution de sa fille depuis maintenant plusieurs mois. Bien qu’elle ne regrettait pas sa décision de revenir en Angleterre pour sa battre à sa manière et non fuir le champs de bataille, Bonnie Boston devait avouer qu’elle ne s’attendait pas à ce que cela serait aussi dur de constater que sa fille grandissait à vue d’œil, qu’elle ne pouvait pas la serrer dans ses bras, encore moins lui faire des bisous. Mais devant les exclamations de la petite fille de sept ans, Bonnie sentait son cœur se réchauffer. L’entendre parler de sa petite voix de gamine, quand bien même était-elle à des kilomètres d’ici, la rassurait. Feng semblait avoir des journées passionnantes et incroyables riches et un instant, Bonnie remercia silencieusement la mère de Leviathan.

« Whaou, c’est génial ! Maman est contente pour toi ! » s’exclama-t-elle, un sourire aux lèvres.
« Et toi maman ? Tu sauves des gens ? » lui demanda Feng, qui, comme à son habitude, voulait tout savoir et tout connaitre de ce que sa mère pouvait bien faire à l’hôpital de Sainte Mangouste.

Ce fut à cet instant précis qu’on toqua à la porte de la salle de pause. Relevant la tête, Bonnie reconnue un de ses collègues au service des urgences et elle comprit avant même qu’il n’ouvre la bouche.

« J’arrive tout de suite. » lui dit-elle avant de se tourner vers Feng qui attendait toujours sa réponse dans le miroir. « Je suis désolée chérinette, mais maman va devoir sauver des vies comme tu dis. »

« Han mais c’était trop court ! » s’exclama Feng en faisant une moue contrariée. Bonnie eut l’impression de voir Leviathan.

« Promis, maman te rappelle avant que tu n’ailles dormir ce soir. Je te fais de gros gros gros bisous ma Feng. » répond Bonnie doucement.
« Et moi je t’aime fort fort fort ! » s’exclama Feng avant de faire un bisou au miroir ce qui déclencha le rire de Bonnie qui mit finalement fin à la communication entre elles.

Glissant son miroir dans sa poche, la blonde reprit cependant immédiatement un air sérieux alors qu’elle se trouvait à côté de son collègue qui lui expliqua la situation :

« Des raffleurs ont réussi à avoir un groupe de jeune. Deux des jeunes sont dans un état grave. Du côté des raffleurs, il y en a un qui est bien amoché mais pour les autres ça n’est que des égratinures. »

Le visage de Bonnie s’assombrit. C’était courant d’avoir des fugitifs atterrir à Sainte Mangouste parce qu’ils s’étaient fait avoir par les raffleurs. Certains avaient à peine le temps d’être transférés ici avant de décéder de leurs blessures. Bonnie ne pouvait rien dire, pas même s’insurger. Elle aurait pourtant eu envie de donner des gifles et faire aussi mal à ces imbéciles que l’état des pauvres gens à qui elle tentait de sauver la vie. C’était même parfois à se demander si elle devait vraiment leur sauver la vie ou les laisser mourir, de toute façon, peu survivraient à Azkaban. Mais elle ne pouvait pas ne rien faire et elle se contentait de rafistoler des blessures. Parfois, quand elle était sûre de ne pas être prise, elle arrivait à sortir un ou deux fugitifs de l’hôpital et les mettait à l’abris dans son appartement le temps de les diriger vers les villages fugitifs.

Ils étaient arrivés dans la salle des urgences et Bonnie se rendit compte que quelques-uns de ses collègues n’étaient pas afférés autour des blessés : elle reconnaissait parmi eux ceux qui refusaient de s’occuper des fugitifs. Elle passa devant eux en leur adressant un regard noir qui en fit frémir un qui décida de finalement s’occuper du raffleur amoché. Bonnie, qui compartimentait déjà dans sa tête, s’approcha du premier fugitif gravement blessé. Elle en vint rapidement à stabiliser son état mais constata qu’il avait besoin de sang, en ayant perdu beaucoup trop le temps d’arriver jusqu’ici.

« Il va s’en sortir ? » demanda une jeune fille qui n’avait de cesse de tenir la main du jeune garçon.

Bonnie constata que cette fille avait à peine 15 ans et qu’elle avait son haut et une partie de son bas déchiré. Elle avait refusé qu’on la touche ou qu’on s’occupe d’elle. Bonnie ne mit pas longtemps à comprendre le pourquoi. Essayant de ne pas péter un câble et de se jeter sur un des rafleurs présents, elle finit par articuler, dans un murmure pour que seule la fille entende :

« Il va s’en sortir, mais il ne pourra pas sortir d’ici… Toi par contre… »

Elle se penche vers elle et fait mine de l’ausculter, le plus doucement possible et tentant d’être rassurante.

« Tu peux sortir d’ici.. »
« Pas sans… »
« Ecoute moi bien… » articula Bonnie qui venait de poser ses mains sur les épaules de la jeune fille. « Ce qu’ils t’ont fait, ce sera dix fois pire quand tu seras derrière les barreaux à Azkaban. On ne peut rien pour lui. Tu dois penser à toi et à toi seule… »

Bonnie se releva alors immédiatement et vint donner deux instructions à un de ses collègues pour prendre la suite concernant le jeune homme inconscient. Elle se tourna de nouveau vers la jeune fille et l’incita à se lever pour commencer à aller vers une salle plus intime. Bonnie savait déjà ce qu’elle allait faire pour sortir cette gamine d’ici. Mais ce fut alors que son regard tomba sur une silhouette qu’elle reconnut presque immédiatement.

Ne comprenant pas au début, elle attira le regard de la jeune fille qu’elle guidait toujours pour lui demander :

« Il faisait partie des rafleurs celui-là ? »
« Oui… »
« Tu es sûre de toi ? » lui demanda-t-elle avant de se rendre compte alors qu’elle posait son regard sur l’enfant que celle-ci tremblait de peur en observant Micah Law et les autres rafleurs qui n’avaient pas été blessés.

[***]

Elle sentait une colère immonde pulser dans ses veines. A peine avait-elle remit la jeune fille traumatisée entre les mains d’Ethan Williams qu’elle s’était immédiatement dirigée dans son appartement à Londres. Il n’y avait pas une minute à perdre. Chaque seconde était comptée et Bonnie Boston sentait que sa vie ne tenait plus qu’à un fil en cet instant. Elle avait en réalité les mains et les doigts qui tremblaient à cause de la colère et de la peur.

Putain mais je lui ai ouvert ma porte à ce petit con. pensa-t-elle, furieuse.

Elle faillit défoncer la porte de chez elle, baguette à la main et les sens en alerte, prête à attaquer la moindre chose qui bougeait dans son appartement. Elle en fit le tour, vérifia chaque recoin de celui-ci et constata qu’elle était seule. Refermant à clef et double tour la porte de son appartement, Bonnie Boston se mit tout de suite à faire ce qu’elle avait à faire.

En une heure, l’appartement était rangé et ne laissait plus aucun indice sur le fait qu’elle ait pu héberger ici même des fugitifs. Elle avait tout jeté à plusieurs bennes plus loin, y avait même mis le feu pour qu’il n’y ait plus aucune trace. Son regard se posa sur l’heure.

Il était convenu que Micah reviendrait chez elle à 21 h tappante.

Putain mais quelle conne bordel de merde. ragea-t-elle intérieurement alors qu’elle se rendait compte qu’elle avait laissé le loup rentrer dans la bergerie et qu’elle allait se faire décapitée si elle n’agissait pas.

Elle pouvait fuir.

Elle avait de la ressource et elle avait encore une petite marge de manœuvre devant elle. Elle n’aurait qu’à prendre deux affaires, laisser un mot à Leviathan et elle serait en quelques minutes en sécurité à Godric’s Hollow ou Pré-Au-Lard. Si on n’était pas encore venu la chercher, ça ne devrait plus tarder et Bonnie sentait que ça lui pendait au nez. Elle avait la peur au ventre. La peur de ne plus jamais revoir sa fille et de n’en garder que la dernière image qu’elle avait eu dans le miroir à double sens. Elle avait peur de ne plus serrer Leviathan dans ses bras. Elle crevait de peur Bonnie Boston.

Merde, merde, merde.

Pourquoi elle hésitait ? Elle devait fuir, maintenant ou jamais. Fuir ou se faire prendre. Fuir ou se battre.

Pourtant, elle restait là, figée sur place, en colère, paniquée.

Son regard tomba sur une malle dans la cuisine.

Et elle se rendit compte qu’elle avait fait son choix.

[***]

L’arme dans sa main lui redonna un semblant de sang-froid. Redécouvrir le métal dans sa main avait quelque chose de rassurant. Elle aurait pu choisir autre chose pour accueillir Micah. Mais il lui semblait que revenir aux bases étaient essentiel pour se faire entendre. Pour que Micah comprenne qu’on n’entourloupait pas et ne trompait pas une américaine.

Sale communiste de merde. s’entendit-elle penser alors qu’elle armait son fusil des deux cartouches.

Elle n’avait rien contre les communistes à vrai dire. Elle se fichait éperdument de l’orientation politique de Daniel bien qu’elle ait été sensibilisée, en tant que née-moldue de son état tout du moins, à l’époque où elle pensait que c’était le cas, aux communistes aux États-Unis et à la chasse aux sorcières qu’on y exécutait. C’était à vrai dire, la première insulte qui lui était venue en bonne américaine qu’elle était. Ils en avaient déjà parlé et il ne lui avait pas caché son orientation politique.

Alors, qu’il aille se faire ce sale communiste de merde.

Le fusil était chargé.

La quinquagénaire sortit sa baguette et vint insonoriser tout l’appartement.

Et elle attendit, assise dans son fauteuil, que Daniel ne rentre chez elle.


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Message Re: Outlaws (micah) Octobre 1983
par Micah D. Lawniczak, Lun 13 Aoû - 12:59 (#)
Outlaws 
Micah & Bonnie
Take a look in the mirror and what do you see? Do you see it clearer or are you deceived in what you believe? 'Cause I'm only human after all, don't put the blame on me.

WARNING: Ce rp aborde des sujets extrêmement sensibles, destinés à un public averti. Mention d'alcoolisme, d'usage de drogues, d'auto-mutilation, évocation de viols et d'agressions sexuelles et de crimes de guerre.

Les ordres étaient pourtant très clairs : pas de blessés, ou tout du moins, faire le moins de dégâts possibles. C'était sans doute une utopie, dans la mesure où ce genre d'opérations finissait inévitablement par des bleus ou des contusions, mais j'insistais sur ces consignes, comme si cela allait changer quoi que ce soit. Las ! Les ordres n'étaient jamais suivis,  et ce même si j'étais le chef de cette escouade de rafleurs là. De la même façon que j'ordonnais que les arrestations soient faites de façon pacifique dans la mesure du possible, ces gars-là s'obstinaient à se comporter comme des brutes épaisses. Qu'ils soient des gamins n'avait aucune importance, ils étaient traumatisés de la même façon que les adultes et j'étais le premier à en être profondément désolé. Je savais mieux que personne ce que c'était de vivre avec un traumatisme de guerre, d'être marqué à vie par ces horreurs, d'en cauchemarder à chaque fois que l'on fermait l'œil -si tant est qu'on parvienne à s'endormir, bien entendu, car c'était loin d'être gagné. Engueuler ces types une fois les fugitifs livrés aux autorités n’y changera rien du tout. Ces mecs faisaient ce boulot non seulement pour empocher le gros lot – ce qui était également mon cas – mais aussi parce qu'il fallait nourrir le monstre qui se tapissait  tout au fond d'eux. Ce monstre se nourrissait de sang, de violence et de peur, il frétillait devant chaque spectacle morbide auquel il assistait. Ce monstre n'était jamais satisfait, il en voulait toujours plus, et le plus rapidement possible. Les êtres humains devenaient des marchandises, des biens de consommation, des objets susceptibles de générer du profit. L'être humain n'existait plus, ses sentiments, ses émotions, étaient complètement annihilés. Il n'avait plus d'histoire, plus de famille, plus d'amis à qui ils étaient susceptibles de manquer.

Ils n'étaient plus rien.  
La déshumanisation poussée à son paroxysme.  

Par le passé, j'ai souvent vécu cette forme de dissonance cognitive. Quand on faisait la guerre, quand on avait un fusil entre les mains, on ne se préoccupait pas de savoir que c'était un autre être humain, comme vous et moi, que l'on avait en face. On se rappelait de leurs visages éventuellement, mais ils n'étaient rien d'autres. Ils n'avaient pas de nom, pas de détail susceptible de les rattacher d'une façon ou d'une autre à notre propre histoire, absolument rien qui puisse susciter de l'empathie. C'était dur, au début, de se dire que l'on prenait la vie de quelqu'un. On pensait parfois à son entourage éventuel avant de presser la détente mais on se ravisait. Il ne fallait surtout pas s'y attacher, sinon c'était foutu. On ne pouvait pas abattre une cible ou capturer des prisonniers si on les érigeait au même rang que nous. Aussi injuste et arbitraire que cela puisse paraître, cela se jouait entre eux et nous, c'était comme ça. Une fois encore, bien loin des rues désertes de Saïgon, j'étais témoin d'une autre manifestation de ce phénomène de dissonance cognitive. Dans n'importe quel contexte de guerre, mettez une arme entre les mains d'un individu lambda et vous ferez de lui un monstre.  

En l'occurrence, c'était exactement ce qui s'était passé.  
Mes hommes avaient oublié que de base ils étaient civilisés et l'action avait fait d'eux des bêtes assoiffées de sang et de chair humaine, dopés par l'appât du gain.  
Je détestais ce job, putain.  
Je pourrais dire non, mettre fin à tout ça, les laisser se démerder avec leurs pulsions destructrices mais je ne pouvais pas renoncer.  
Les nouvelles reçues de Cracovie n'étaient pas bonnes, maman n'allait pas bien du tout et j'avais plus que jamais besoin de cet argent.  
Monde de merde.  

J'ai fini par amener ces gosses à l'hôpital. Ces gamins avaient quoi…quinze, seize ans peut être ? J'avais cet âge là quand j'ai commencé mon entraînement militaire. Je me revoyais à leur âge, jeune, fougueux, la rage chevillée au corps et des idées plein la tête. Moi aussi j'étais parti à la guerre la fleur au fusil, convaincu que j'agissais pour le plus grand bien, par amour pour la mère patrie. La vérité, c'est que je ne savais rien du tout, et que la niaque ne suffisait pas. J'ai rapidement déchanté en voyant les corps s'amonceler, troués comme des passoires, en côtoyant quotidiennement la barbarie et l'ultraviolence, y compris dans nos troupes. C'était une boucherie, je ne connaissais pas d'autre mot pour qualifier une telle horreur. Autant dire que quand nous étions en train d'attendre qu'un médicomage arrive, je ne me sentais pas bien du tout. J'avais envie de pleurer et de gerber, mais je restais stoïque, droit, concentré sur ce qui se passait. Pourtant, au-delà du fait que mon visage présentait quelques égratignures, ça se voyait que j'avais les boules. Je restais à l'écart de toute cette agitation, les traits fermés et je déglutissais avec difficulté. Je me contentais de surveiller tout ce qui se passait les bras croisés, le regard froid et insondable.  

Finalement la médicomage arriva et lorsque je la reconnus, mon sang se figea dans mes veines.
Bonnie.
Je croisai son regard puis je la vis échanger quelques mots avec la fille.  
Bonnie savait, et le moins que l'on puisse dire, c'est que j'étais véritablement dans la merde.
Bonnie savait et elle allait m'écorcher vif la prochaine fois que je serai face à elle.

Pour autant je ne pouvais pas me comporter comme un lâche et la laisser croire que j'étais une ordure. Ce n'était pas moi, jusqu'à preuve du contraire j'obéissais à un code d'honneur et une attitude évitante n'en faisait pas partie. J'allais devoir assumer mes erreurs comme un grand, ne pas fléchir devant sa colère qui s’annonçait terrible. Je ne savais pas encore ce que j'allais bien pouvoir lui dire pour ma défense – mon propre cas semblait indéfendable en l'espèce – mais je lui devais des explications. Bonnie n'était pas n'importe qui, c'était une amie et quoiqu'on en dise, j'y accordais beaucoup d'importance. Voilà pourquoi je ne me défilerai pas. Pas devant elle.  

J'attendis que notre petit groupe sorte de Sainte Mangouste pour quitter les lieux à mon tour. Ce ne fut qu'une fois seul, dans une ruelle adjacente que je me permis de lâcher prise. Je portai une main tremblante à mon visage écorché et c'est en sentant l'humidité sur mes doigts que je m'aperçus que j'étais en train de chialer. Je fus pris d'un haut le cœur épouvantable au point que je rendis le contenu de mon estomac sur le trottoir. J'avais la gueule en vrac, les yeux défoncés et tellement rouges qu'ils pourraient rivaliser avec ceux d'un lapin albinos. J'étais mal, putain, mais je ne pouvais pas me plaindre, je m'étais mis dans cette situation tout seul. J'eus un second haut le cœur et je vomis une nouvelle fois. Visiblement je retenais trop de choses en ce moment et il fallait bien que cela s'exprime d'une façon ou d'une autre. En l'occurrence mon état mental instable se manifestait sous la forme de douleurs psychosomatiques intenses, qui me paralysaient presque. Mon corps subissait mes émotions trop vives, la douleur psychique trop forte. Je restai quelques instants penché ainsi, le front appuyé contre la pierre froide du mur. J'avais la respiration sifflante, saccadée. Alors je poussai un cri de rage et enfonçai mon poing dans le mur. Mes doigts craquèrent affreusement mais je m'en foutais, ma main pouvait se disloquer sous l'impact que j'en aurais toujours rien à foutre. Quelque chose avait cédé en mon for intérieur et je ne pouvais plus retenir le torrent de larmes qui se déversait sur mes joues. Mes plaies picotaient un peu mais pareil, je m'en foutais.  

J'ignorais combien de temps j'étais resté ainsi, à pleurer et à vomir tripes et boyaux.  
Le déluge avait fini par se calmer et je recommençais à avoir les idées à peu près claires.  
Je bus une rasade d'alcool pour chasser ce goût immonde de ma bouche.  

Les mains tremblantes, je sortis un petit sachet de la poche arrière de mon jean. Le sachet contenait des petites pilules colorées. Ils appelaient ça du MDMA. Des amphétamines. C'était de la merde en barres, une saloperie qui pouvait rendre addict mais j'en prenais de temps à autres pour bloquer les flashbacks qui bombardaient mon cerveau, pour limiter les symptômes de mon syndrome de stress post traumatique. Ce n'était pas un vrai traitement , pas même une solution d'appoint, mais au moins ça avait le mérite d'éviter que ces images parasites me foutent par terre à chaque fois, en plus de me désinhiber  et de renforcer ma confiance en moi. Ce qui, au demeurant n'allait pas être du luxe pour affronter Bonnie.  

Je me redressai finalement, après avoir gobé mon cachet. Je bus une autre lampée d'alcool pour me donner un peu plus de courage. D'un coup  baguette magique discret j'effaçai toute trace de mon passage. Puis, à nouveau retranché derrière ma muraille, je fis quelques pas supplémentaires, m'enfonçant plus loin dans la ruelle. Ce ne fut qu'une fois à l'abri des regards que je transplanai chez Bonnie. Je n'avais pas besoin de frapper, j'avais des clés puisque je logeais là de temps à autres. J'étais mentalement hors d'atteinte, je me conditionnais d'ores et déjà à affronter l'américaine qui, je le savais, ne me fera pas de cadeau. La boule au ventre, extrêmement tendu, j'entrai dans l'appartement. Je n'eus aucune réaction lorsque je la vis assise dans le fauteuil, un fusil -probablement chargé – à la main.Instantanément, je fis tomber ma baguette au sol et levai les mains en signe de reddition, pour lui montrer que je n'étais pas là pour chercher les emmerdes, ou pour lui nuire. Les mains bien à vue, je m'avançai vers la quincagénaire, prudemment, sans faire de gestes brutaux.  

« Bonnie. » saluai-je d'un ton neutre. Ce n'est pas ce que tu crois, allais-je dire, mais ce n'était probablement pas ce qu'elle voulait entendre. « Je suppose que ce jour devait arriver. » Silence. Une sueur glacée glissa le long de ma colonne vertébrale, trempant mon t-shirt. « Je ne suis pas là pour me justifier, ou me trouver des excuses. Je veux juste…discuter. »  

Mon regard fixa quelques dixièmes de seconde la gueule du flingue, puis se posa à nouveau sur Bonnie. A l'évidence je serais beaucoup plus à l'aise si elle baissait son arme, mais ce ne serait pas une requête légitime. Je déglutis difficilement.  

« Comment va le garçon ? » m'enquis-je, alors que l'inquiétude imprégnait mon visage beaucoup plus pâle que d'habitude. « Il…Il va s'en sortir ? » Je n'ai pas voulu ça, tu sais ? « Et sa copine ? Est-ce que… »  

Les mots se bloquèrent dans ma gorge et refusèrent de sortir. J'avais bien vu l'état dans lequel elle était. Je revoyais très clairement ses fringues lacérés qui ne laissait aucune place à l'imagination. Et c'était probablement ce qui me peinait le plus, dans l'histoire. Rien n'était sûr, je n'avais pas vu ce qui s'était passé parce que j'étais arrivé trop tard, les autres, sur le coup, ont été plus rapides que moi. Je déglutis. C'était douloureux, tellement j'avais la gorge serré. était-ce bien ce que je croyais ou était-ce mon esprit perturbé qui me jouait des tours ? Une partie de moi ne voulait pas savoir et l'autre partie s'indignait parce que non, je  ne pouvais décemment pas fermer les yeux sur quelque chose d'aussi grave.  

« Est-ce qu'elle a été violée ? » demandai-je dans un souffle, alors qu'un nouveau haut le cœur menaçait de me submerger.  

À noter que je n'avais pas dit s'est fait violer, parce que les mots avaient leur importance. Employer une telle forme aurait pour effet de sous-entendre qu'elle avait sa part de responsabilité dans ce qui lui est arrivé, or, elle n'y était pour rien du tout, absolument rien. Elle était la victime dans cette histoire et c'était arrivé sous ma responsabilité. J'en étais littéralement malade parce que tout un tas de souvenirs me revenaient en mémoire, des choses que j'avais préféré oublier, effacer. Des choses qui concernaient ma mère. Des choses qui me concernaient moi.  

Je n'aurais jamais dû ressentir de l'empathie pour ces jeunes victimes.
Ça aurait été plus facile si j'avais su verrouiller mes émotions et mes souvenirs.
Cette fois là, j'en ai été tout bonnement incapable.
J'ai laissé mes propres sentiments m'empoisonner, me détourner de ma tâche.  
Cela ne faisait aucun doute maintenant.  
J'étais bel et bien foutu.       
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Message Re: Outlaws (micah) Octobre 1983
par Bonnie Boston, Mer 3 Oct - 15:31 (#)
Et elle attendit, assise dans son fauteuil, que Daniel ne rentre chez elle.

Elle tenait son fusil à la main, ayant abandonné sa baguette sur la table plus loin. C’était probablement stupide. Elle n’avait que deux cartouches dans son fusil, lui et les gens qu’il ramènerait s’il était un rafleur digne de ce nom, auraient leur baguette et leur langue. Elle ne pourrait probablement rien faire contre tout ce monde, même contre Daniel tout seul. La logique aurait voulu qu’elle fuit, qu’elle retourne à Pré-Au-Lard. Au moins aurait-elle eu l’espoir de revoir sa fille un jour ou l’autre. Elle aurait pu. Mais il lui semblait que quelque chose était laissé inachevé et l’envie d’en découdre, de se battre jusqu’au dernier souffle lui pulsait dans les veines. Ne pas fuir le champ de bataille, toujours s’y retrouver droite et prête au combat. Elle était une guerrière à sa façon et elle comptait bien guerroyer pour faire passer un sale quart d’heure à Daniel.

Peut-être avait-elle tort de réagir comme ça. Elle pourrait toujours lui parler, essayer de le raisonner, essayer de comprendre. Mais à chaque fois qu’elle évoquait cette possibilité, une colère monstre la saisit lorsqu’elle pensait à cette fille qu’elle avait réussi à faire sortir de l’hôpital.

Impossible de pardonner ça.
Impossible de lui laisser une seule chance parce que cette gosse n’avait pas non plus eu le choix.

Lorsqu’elle entendit la porte de son appartement s’ouvrir, Bonnie Boston se tendit et vint redresser son fusil pour le pointer à l’endroit où elle verrait Daniel. Elle ne manqua d’ailleurs pas de le viser, le visage fermé, les yeux qui jetaient des éclairs. Le jeune homme au teint pâle lacha sa baguette et leva les mains. Il n’était pas armé, ne semblait pas être accompagné… ou alors était-ce pour mieux baisser sa garde ? Elle n’en savait rien et Bonnie ne baissa pas sa propre arme ne le quittant pas non plus des yeux.

« Bonnie. »

Elle ne lui répondit pas. Elle n’avait aucune envie de prononcer son prénom (s’il s’agissait bien de son prénom). Rien que l’idée de l’évoquer lui donnerait de l’importance et la femme, blessée par ce jeune homme qu’elle pensait de confiance, n’avait aucune envie de lui donner encore plus d’importance qu’il n’en avait déjà pris.

« Je suppose que ce jour devait arriver. Je ne suis pas là pour me justifier, ou me trouver des excuses. Je veux juste…discuter. »
« Discuter de quoi ? Que je t’ai ouvert la porte de chez moi en sachant parfaitement que ce que je faisais était passible de m’envoyer en prison voire pire que cela ? Je vais t’en mettre moi de la discussion, petit con. » s’entendit-elle dire en armant son fusil. Elle sentait sa main trembler sur le fusil pas parce qu’elle avait peur de le blesser, de ça elle s’en fichait éperdument malgré sa qualité de médicomage, mais bel et bien parce qu’elle avait envie de lui faire du mal, autant de mal que ce gamin dans le lit d’hôpital devait ressentir ou que sa sœur, violée, devait aussi ressentir.

« Comment va le garçon ?  Il… Il va s'en sortir ?  Et sa copine ? Est-ce que…»
« Ta gueule, Daniel ou qui que tu sois… N’aborde pas ce sujet où je te promets que je tire. » dit l’américaine continuant de pointer son arme sur le raffleur.

Elle ne voulait pas qu’il aborde le sujet ou elle ne répondrait plus de rien. Qu’il ose demander de ces nouvelles à cette enfant. Qu’il ose… et il osa.

Le coup partit.
Le bruit fit d’enfer dans l’appartement silencieux.
Un trou se forma dans le mur juste derrière Micah.

Elle avait fait exprès de dévier l’arme pour ne pas le blesser ce qui signifiait qu’il ne s’agissait là que d’un avertissement. Pourtant, soudainement hors d’elle, Bonnie se leva, déposant son fusil sur la table à côté d’elle, fit deux grands pas pour arriver à la hauteur du jeune homme avant de le prendre par le col de sa chemise pour le plaquer contre le mur. Bonnie Boston pouvait être d’une douceur exemplaire pour administrer les soins de ses patients mais elle n’avait jamais oublié les coups et la force qu’elle possédait dans la rue et lors des entraînements militaires.

« Ta gueule, tu m’entends ! TA GUEULE ! » Elle le secoua, les yeux jettant des éclairs et sa plaque militaire ainsi que celle de son ex-mari cliquetant autour du cou. « Le gamin est dans un état critique et oui, tes copains l’ont violée. Mais tu dois le savoir ? Tu y as bien participé aussi, hein ?! »

Elle lui donna un coup dans le tibia et s’apprêta à le frapper hors d’elle quand un détail attira son attention.

L’odeur de l’alcool.

La blonde se mit à renifler bruyamment pour confirmer son impression et s’assurer qu’il sentait bel et bien l’alcool. Aussitôt, son attitude changea et elle se mit à l’observer plus attentivement.

« Bouge pas et ouvre les yeux. » lui ordonna-t-elle sèchement avant de venir lui ouvrir plus l’œil. « Putain… mais tu es totalement défoncé… » constata-t-elle avant de le relâcher.

Cette constatation n’eut pas pour effet de la calmer. Bonnie continua de le saisir par le col de sa chemise et se mit à chercher dans sa veste pour le fouiller et vint en dégager une flasque d’alcool ainsi qu’un sachet avec ce qui ressemblait à de la drogue.

« Putain … C’est pas possible … » souffla la blonde.

Et cette fois-ci, quand elle observa Daniel ce ne fut plus de la colère qui brilla dans son regard mais une infinie pitié devant ce triste spectacle qu’il lui offrait. Elle comprit que ça n’était pas normal qu’il soit dans cet état. Elle comprit aussi que personne d’autre n’arriverait pour l’arrêter. Elle n’avait à faire qu’à un gamin qui lui avait menti et possiblement perdu.

« Viens par là. » dit-elle d’une voix autoritaire avant de le prendre toujours par le col et de le diriger droit sur la salle de bain.

Elle le laissa y rentrer et se dirigea immédiatement vers les toilettes pour y vider le sachet et la flasque. Tirant la chasse, la blonde se tourna vers le jeune homme avant de le pousser vers la douche, de se saisir du pommeau de douche et d’allumer l’eau froide à fond avant d’arroser Daniel.

« Tu bouges, défoncé ou pas, je t’en colle une, c’est clair ? » lui dit-elle à travers le bruit de l’eau.


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Message Re: Outlaws (micah) Octobre 1983
par Micah D. Lawniczak, Lun 8 Oct - 20:17 (#)
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Micah & Bonnie
Take a look in the mirror and what do you see? Do you see it clearer or are you deceived in what you believe? 'Cause I'm only human after all, don't put the blame on me.

Bien sûr que j'avais merdé. Prétendre ne serait-ce que le contraire serait faire preuve d'une mauvaise foi affligeante, et je n'avais pas besoin de mettre Bonnie plus en colère qu'elle ne l'était déjà. Colère...Ce mot était presque trop doux pour décrire l'état dans lequel elle se trouvait actuellement. C'était justifié, je n'avais rien à redire là dessus. J'aurais réagi pareil, à sa place. Je tolérais très peu, voire pas du tout, la trahison, et pourtant, ces derniers temps, j'étais le premier à trahir, simplement pour protéger mon cul. A quoi tout cela avait servi, je me le demandais, à présent que le canon de son fusil était braqué sur moi. J'ignorais combien de cartouches il contenait, mais une seule était suffisante pour m'anéantir. Une balle dans la tête ou dans le cœur, et ma vie sur terre s'achèverait là, si loin de ma terre natale. A moins qu'elle veuille me voir mourir après une lente agonie, auquel cas elle n'avait qu'à viser le ventre ou une cuisse, en bref, toucher une grosse artère et me laisser me vider de mon sang. Elle était médicomage, elle savait parfaitement où il fallait viser pour faire le plus de dégâts possibles. Peut-être était-ce la drogue qui annihilait mes inhibitions mais je ne craignais pas la mort. Je l'avais déjà regardée en face plus d'une fois, et si, tel était mon sort, alors, j'étais prêt à accepter la sentence. Oui, j'étais coupable, je ne cherchais même pas le nier. A quoi bon ? Mentir n'effacera pas ce qui était arrivé. L'innocence de cette fille s'était brisée ce soir, et, même si je n'avais personnellement rien fait, j'étais tout de même mouillé jusqu'au cou. C'était justement le problème, je n'avais rien fait, ne serait-ce pour empêcher le drame de survenir. Mon inaction me rendait coupable, et ressentir de la culpabilité et de la honte ne me rendra pas moins coupable. Si je voulais vraiment faire amende honorable, réparer le tort qui a été causé, je n'avais qu'une chose à faire : dénoncer ceux que je savais être les auteurs de ce crime odieux, les remettre entre les mains de la justice pour qu'ils paient.

Quelle justice, au juste ?
Celle de Rosier et de son gouvernement qui excluait ?
Je ne savais que trop bien qu'on ne pouvait rien faire contre des mecs pétés de privilèges, qu'on ne pouvait pas non plus lutter seul contre un système pourri jusqu'à la corde.
Je le savais parce que je l'avais vécu, jusque dans ma chair, et ce que je pensais avoir oublié remontait  à la surface, rouvrait des plaies à peine guéries.

Petit con.

Je ne l'avais pas volée, celle-là. Effectivement, je me comportais comme tel. Je mentais, je trahissais la confiance de personnes qui croyaient pourtant en moi, je me saoulais, je me droguais. Bienvenue dans mon monde. Pourtant, même si le sarcasme me brûlait le bout de la langue, je ne pipais mot. Mes pupilles dilatées fixaient toujours la gueule du flingue. D'expérience, je savais qu'il valait mieux se trouver du bon côté de la gâchette. Avoir le doigt dessus, plutôt qu'en être la cible. Je serrais les dents face à l'agressivité de l'américaine, encaissant bravement ses invectives. Daniel. Entendre mon propre nom, tout du moins, celui de ma fausse identité me faisait toujours autant bizarre. Elle avait cependant raison, mon petit jeu devait cesser. Je lui devais au moins cela.

La vérité.

J'ai songé à tout lui balancer, plus d'une fois. Que mon nom anglicisé n'était qu'une arnaque, que je n'avais même pas les yeux de cette couleur-là, que je campais un personnage créé de toute pièce. J'étais à deux doigts de tout lui raconter, absolument tout, pour qu'elle sache. Mettre cartes sur tables et étaler un peu de baume sur ma conscience qui se retrouvait fortement malmenée ces derniers temps. Confesser mes péchés, un par un, comme pour me libérer d'un poids. Je n'en eus cependant pas le temps.

Le coup partit, avant même que je n'aie le temps de réagir.
La bouche bée d'horreur, je regardais Bonnie, n'arrivant pas à croire que j'étais toujours vivant.
Vivant.
J'inspirai une goulée d'air qui me brûla la trachée.

Je suffoquais presque, alors que mon cœur cognait à tout rompre contre mes côtes. En parlant de côtes, je pris conscience qu'elles étaient là car je recommençais à les sentir, et ça faisait un mal de chien. Peut-être que mes compagnons n'étaient pas les seuls qui avaient besoin de soins, en fin de compte. Ma respiration était sifflante, l'angoisse commençait à monter par vagues. J'avais déjà entendu une balle siffler à mes oreilles, il y a presque dix ans de cela, quand je n'étais encore qu'un jeune soldat envoyé sur le champ de bataille. Ce jour là, le casque que je portais m'avait sans doute sauvé la vie. Aujourd'hui, je n'avais pas de casque pour me protéger, il n'y avait que cette folle dingue d'américaine qui avait dévié son arme au dernier moment.

« Tu es complètement malade ! » beuglai-je, affolé, alors que Bonnie s'approchait de moi d'un air menaçant. « Une putain de malade. »

Je retins mon souffle lorsqu'elle me plaqua contre le mur pour m'immobiliser. Mon sang pulsait dans mes tempes, je les sentais battre au même rythme effréné que mon cœur. Je fermai les yeux lorsqu'elle me hurla de fermer ma gueule. J'eus cependant la décence de ne pas les garder fermés, aussi mon regard croisa le sien lorsqu'elle me confirma que la gamine avait été violée et qu'elle m'accusa d'y avoir participé.

Pardon ?
Je n'étais pas sûr d'avoir tout compris, en fait, j'étais trop sous le choc pour réagir, au point que je ne cherchai même pas à esquiver le coup de pied qu'elle me donna alors.

Je ne fis pas un seul mouvement lorsqu'elle me renifla, malgré la douleur sourde qui se réverbérait dans ma jambe, se propageant à l'image d'une onde sismique. Elle avait certainement capté que j'empestais l'alcool, et le tabac, et probablement l'odeur du vomi aussi puisque j'avais dégueulé tripes et boyaux tout à l'heure, dans la ruelle. Ouais, j'étais bourré, ouais, j'étais défoncé, d'ailleurs, elle venait de trouver les armes du crime. J'aurais bien lâché un félicitations pour la forme, mais je doutais que cela soit bien perçu alors, je m'en abstins. Au lieu de cela, je fis non de la tête lorsqu'elle me dit de venir. Et plus je hochais négativement la tête, plus les larmes brûlantes se remettaient à couler sur mes joues blêmes.

Laisse-moi, semblait lui hurler mon regard.

Pourtant, je ne cherchai même pas à me débattre lorsqu'elle m'empoigna à nouveau, pour m'entraîner vers la salle de bains. Je ne dis toujours rien lorsqu'elle vida ma drogue et mon alcool dans les toilettes, pas plus que je ne réagis lorsqu'elle me poussa dans la douche, tout habillé. Je continuais à faire non de la tête lorsqu'elle m'aspergea d'eau glacée. Tout ce que je pus faire, c'est de m'adosser au mur et de me laisser glisser au sol, mes larges épaules secouées de sanglots. Elle pouvait penser de moi ce qu'elle voulait, je n'en avais rien à foutre. Elle n'avait aucune idée de la façon dont je pouvais me sentir en cet instant précis.

« Arrête. » réclamai-je, alors que je sentais l'eau froide me ronger la chair et les vêtements qui me collaient désagréablement à la peau. « C'est bon, j'ai eu ma dose, stop. » A quoi bon, je savais qu'elle n'arrêterait pas. « Tu as le droit d'être en colère, mais tu n'as pas le droit d'insinuer ou même d'affirmer que j'ai violé cette gosse. »

A cette idée, mes sanglots redoublèrent de plus belle. La nausée revenait, me retournait l'estomac. Ignorant le précédent avertissement de Bonnie – c'est à dire de ne pas bouger – je jaillis de la douche, trempé et gelé, pour me pencher au dessus de la cuvette des toilettes pour à nouveau y répandre le contenu de mon estomac. Je tremblais, je suffoquais, mes propres larmes me brûlaient les joues et les paupières, cela ne faisait aucun doute que j'offrais un bien piètre spectacle. J'enfouis mon visage dans mes mains quelques secondes, puis, une fois que le monde s'arrêta un tant soit peu de tanguer, je repris la parole, la voix rauque.

« Je ne m'appelle pas Daniel Miller. » avouai-je enfin, le regard absent – presque vide. « Ce n'est qu'un nom d'emprunt, un nom anglicisé pour mieux me fondre dans la masse. » Bonnie savait que j'avais un accent, que j'étais communiste, mais en vérité, elle ne savait pas grand-chose de ma vie, de mon passé, parce que je prenais le soin d'en dire le moins possible, pour ne pas risquer de me trahir d'une façon stupide. « S'il est vrai que je suis communiste, je ne suis toutefois pas un espion russe. »

Un sourire ironique vint étirer les traits de mon visage, parce qu'en fait, ça aurait pu être tout à fait crédible, comme histoire, vu mon passé.

« Daniel...n'est en réalité que mon deuxième prénom. » repris-je prudemment. « Rien ne t'oblige à me croire, mais je m'appelle Micah Lawniczak. Je suis né le huit novembre 1955 à Poznan, en République populaire de Pologne. Je suis toujours polonais. Je suis également juif et...né moldu. »

Silence.

« Je n'avais pas d'autre choix que de mentir, Bonnie. » insistai-je, en risquant un regard vers l'américaine. « Je...j'étais Auror là bas, j'étais déployé en mission sur le sol anglais depuis Belize notamment et je suis pour le moment dans l'incapacité de rentrer chez moi. La situation est extrêmement tendue en Pologne, et le contexte politique de mon pays combiné à celui de l'Angleterre m'ont obligé à mentir pour que je puisse garder ma place en tant qu'Auror, quand ils ont commencé à purger le Ministère de tous les agents qui ne pouvaient pas justifier d'avoir deux parents sorciers. »

Je ris jaune, tellement tout cela me semblait absurde à présent.

« Je suis allé jusqu'à falsifier des documents officiels pour prétendre que feu mon père est un sorcier. » J'inspirai profondément, parce que cela me contrariait toujours autant, d'être contraint à mentir pour avoir le droit d'exister dans cette putain de société. « Je suis un ancien de l'armée de terre, j'ai longtemps collaboré avec la Russie, j'avais des contacts dans les ministères qui pouvaient me rendre un petit service en échange d'un pot de vin. »

C'était triste à dire, mais dans un monde aussi corrompu que celui dans lequel nous vivions, l'argent pouvait tout acheter, y compris le silence.

« Et si jamais  tu ne crois plus un traître mot qui pourrait sortir de ma bouche, sache que je n'aurais pas pris le risque que toi tu me balances, si tout ce que je viens de raconter n'était pas vrai. » Je connaissais son secret, elle connaissait le mien, cela me paraissait être un deal équitable. « Ce que je viens de te révéler peut me mettre dans la merde, à bien des niveaux. Je n'ai rien fait de mal, Bonnie, j'ai juste fait ce qu'il fallait pour survivre. »

C'est eux ou c'est moi, tu comprends ? En tant que soldats, nous le savions tous les deux, ce que cela impliquait. Faire la guerre, ce n'était jamais propre, j'avais déjà tué au nom de ma cause, de mes idéaux, à différents moments de ma vie. Et si cela s'avérait nécessaire, alors je savais que j'en serais capable. A commencer par les raclures qui avaient détruit l'innocence de cette môme, par exemple.    
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Message Re: Outlaws (micah) Octobre 1983
par Bonnie Boston, Mar 20 Nov - 13:00 (#)
« Tu es complètement malade ! Une putain de malade. »
« Ta gueule, tu m’entends ! TA GUEULE ! »

Elle, la malade ? Mais il s’était vu lui ? Ce petit con qui trompait les gens, les traquait, les tuait, les torturait, les violait ? Il s’était vu cet imbécile avec son poignet en morceau, à puer l’alcool et à être défoncé. Est-ce qu’il s’était vu ? Est-ce qu’il osait se regarder dans la glace le matin quand il se préparait pour aller tuer, violer, torturer ? Est-ce qu’il arrivait à dormir paisiblement de rêves doux ? Est-ce qu’il arrivait à manger correctement sans avoir envie de se tirer une balle dans la tête ?

Comment pouvait-il seulement vivre avec lui-même ?
`
Bonnie Boston se disait que ça n’était pas à elle de juger les actes et les choix de Daniel. Mais elle ne pouvait pas fermer les yeux. Elle ne pouvait pas en tant qu’humaine, personne qui ressentait trop, trop facilement. Elle sait que ça n’est pas son rôle mais c’est plus fort qu’elle. Dans ces yeux il n’y a plus que de la pitié et du dégoût face à cet individu qu’elle considère comme la dernière des raclures sur cette Terre. Pourtant, elle ne déroge pas à son devoir et au serment qu’elle a prononcé : quoiqu’il est fait ou non, elle se devait de le soigner, qu’il ne veuille ou non d’ailleurs, quand bien même ne souhaitait-il pas qu’elle le touche comme son regard semblait vouloir le lui dire.

Mais Bonnie Boston ne comptait certainement pas à le laisser faire une overdose ou partir et faire quelque chose qui regretterait.

Alors, elle le traina dans la douche et sans plus de cérémonie l’aspergea d’eau glacée.

C’est ça, pleure. T’as plus que ça à faire maintenant. pense-t-elle, furieuse au possible alors qu’elle lui asperge le visage sans aucune forme de douceur.

« Arrête. »
« Non, tu restes là ça va te remettre les idées en place. »
« C'est bon, j'ai eu ma dose, stop. »
« Non, t’as pas eu ta dose, alors tu te la fermes. » reprend-t-elle, têtue mais faisant cela aussi pour qu’il reprenne ses esprits… Ce qui ne sembla pas réellement marcher, au contraire.
« Tu as le droit d'être en colère, mais tu n'as pas le droit d'insinuer ou même d'affirmer que j'ai violé cette gosse. »

Elle sent sa main trembler. Elle a envie de lui balancer le pommeau de douche dans la gueule et le rouer de coups. Mais elle se fige quand elle le voit littéralement sangloter, cette fois-ci plus fort. Elle se fait un peu bousculée quand il sort subitement de la baignoire pour venir vomir dans ses toilettes. Le regardant quelques instants, la blonde finit par arrêter l’eau et reposer le pommeau de douche.

Le spectacle que lui offrait Daniel était misérable. C’était pourtant un spectacle qu’elle connaissait bien, elle qui avait l’habitude de s’occuper des drogués et des malades. Un spectacle dont elle s’était un peu lassée avec le temps probablement à cause du fait qu’elle avait un regard plus professionnel qu’émotionnel. Compartimenter.

« Je ne m'appelle pas Daniel Miller. »
« Sans blague… » dit Bonnie avant de croiser les bras et de continuer à observer et surveiller Celui-qui-ne-s’appelait-pas-Daniel-Miller.
« S'il est vrai que je suis communiste, je ne suis toutefois pas un espion russe. »
« Me voilà rassurée… Boch mais pas russe. Que c’est rassurant. » grogna-t-elle avant de venir ramasser une serviette. Elle était parfaitement au courant que les relations entre les Etats-Unis et l’URSS n’étaient pas au beau fixe dans le monde moldu. En réalité, Bonnie Boston n’en avait rien à faire de cette histoire de communisme. Elle n’en pensait pas grand-chose, elle qui était trop éloignée du monde moldu à présent pour se faire un véritable avis.

Se penchant vers le dénommé Micah, elle vient lui essuyer la bouche avec sa serviette mais arrêta son geste quand il annonça qu’il était né-moldu.

« Putain, mais t’es sérieux ! » dit-elle, la bouche ouverte, choquée alors qu’il continuait son récit, incapable de s’arrêter, vidant littéralement son sac.

Plus elle l’écoute, plus elle sent un certain affligement la saisir. Elle ne sait pas quoi penser : elle se rend compte qu’elle ne le croit pas parce qu’il lui était maintenant impossible à lui faire confiance, pas après ce qu’elle venait de réaliser. Mais de l’autre côté, comment inventer tout ça ? C’était beaucoup trop gros, même pour lui. Le silence se fait dans la pièce et Bonnie reste accroupie à côté de lui. Sa colère s’est calmée ou plutôt, elle a muté : c’était un mélange confus. Elle ne savait pas si elle était en colère contre lui, contre le gouvernement, contre elle-même d’être tombée dans le panneau. Peut-être tout cela à la fois. Peut-être rien de tout ça. Ce fut finalement après quelques minutes de silences qu’elle réagit enfin :

« Toutes tes actions jusqu’à présent ne me font pas croire en ton histoire. »

Faire ce qu’il fallait pour survivre. Qu’aurait-elle fait à sa place ? Après tout, elle avait jusqu’à il y a deux ans, toujours pensée qu’elle était née-moldue. Que serait-il arrivé si elle n’avait pas découvert qu’elle avait des parents sorciers ? Elle n’aurait jamais accepté de faire ce qu’il faisait. Elle n’aurait jamais tenu, jamais bafoué ses principes jusqu’à sa propre existence. Elle aurait préféré mourir sur le champ de bataille en sachant qu’elle faisait quelque chose de bien plutôt que de finir… comme lui, sur cette cuvette de toilette à vomir, défoncé, alcoolisé, le poignet dans un sale état.

Un soupire s’échappe des lèvres de Bonnie qui agite sa baguette qu’elle avait déjà saisie.

« T’es qu’une pauvre merde. » dit-elle entre ses dents avant d’attraper la trousse de secours. Se détournant légèrement mais ne le perdant pas du coin de l’œil, la médicomage sortait déjà de quoi s’occuper de sa main. C’était probablement ce qui pressait le plus il était inutile qui se fasse encore plus mal. Il redescendrait quand les effets de sa drogue et de l’alcool se seraient dissipés. Pour l’instant c’était tout ce qu’elle pouvait faire pour lui.

« Donne moi ta main. Je m’occupe de ça. Si tu veux vomir tu vomis dans la cuvette et tu me retapisses pas ma salle de bain s’il te plait, sinon je te la fais lécher. » grogna-t-elle encore. Evidemment, elle n’allait pas le faire lécher quoique ce soit mais c’était plus simple de jouer à l’ours que de véritablement montrer qu’elle compatissait.

Prenant délicatement sa main, elle vient toucher à plusieurs endroits pour juger de la blessure.

« Et tu vas faire quoi maintenant ? Continuer de vendre les tiens, torturer, tuer, te droguer ? Me livrer, tant qu’on y est ? C’est ça qu’ils attendent tes petits copains dehors, que je me rende ou que je me batte ? Tu ferais mieux d’arrêter avant que tu ne te tues réellement. »

Elle appuie plus fort sur sa blessure en sachant parfaitement ce qu’elle faisait et son regard se posant sur lui. Elle relâche la pression avant de venir prendre une pommade et de commencer à l’étaler sur sa main. « J’devrais te laisser dans ta merde, tu mérites que ça. » siffla-t-elle entre ses dents avant de venir appliquer un bandage serré. Puis, elle positionna sa baguette et alors que le sort toucha la main, un craquement qui ne laissa aucun doute sur ce qui se passait dans la main de Micah, se fit entendre.


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Message Re: Outlaws (micah) Octobre 1983
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Outlaws (micah) Octobre 1983

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